là où naissent

 Casterman, 2 avril 2014, 202 p.

♥♥♥♥

A seize ans, Amélia vit dans un cocon doré à Paris. Maman est juge aux affaires familiales, Papa est médecin. Malgré cet environnement confortable et l'amour dont elle est entourée, son adolescence est difficile : elle se compare à ses parents, eux si brillants et si beaux, elle si terne et si grosse. Dévalorisation de soi, inertie, grand vide qu'elle essaie de combler en se remplissant l'estomac.
Tous trois doivent passer un mois à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie, pour aider dans un centre d'accueil pour enfants des rues. Amélia va finalement devoir partir seule, à reculons, la trouille au ventre.

Le lecteur découvre le pays en même temps que la narratrice. Émerveillement devant la splendeur des paysages, stupeur, dégoût et indignation face à la pauvreté et à la violence urbaines. 
On suit en parallèle l'évolution de la jeune fille, qui acquiert confiance en soi et maturité. Sa peur et ses réticences, sa tentation de rentrer à Paris au plus vite pour fuir cette misère font progressivement place à une implication 'adulte'. 

Cet ouvrage jeunesse est à la fois un roman agréable à lire et un bon documentaire sur la Mongolie d'aujourd'hui.
Il sensibilise de manière simple, sobre et efficace à la paupérisation du pays depuis sa "Révolution démocratique" en 1990, au sort des enfants abandonnés et/ou maltraités dans les villes, aux difficultés de survie des éleveurs nomades.
Les réflexions suscitées autour des démarches humanitaires sont intéressantes, entre la bonne conscience occidentale à coups de petits chèques, et l'immersion totale dans les conditions de vie sordides des populations en difficulté. Intéressante également la question de l'adoption en douceur, sans déracinement.

Un récit subtil, émouvant et instructif. Dommage qu'un rebondissement 'cliché' à la fin de l'histoire vienne ternir l'éclat, la finesse et la singularité du livre.

Horloge 28-30 mars

L'avis de Gambadou.

Merci aux éditions Casterman.