retour à whitechapel

SM

Pocket Thriller
janvier 2014, 413 p.

♥♥♥♥♥

Partons sur les traces de Jack l'Eventreur en compagnie d'Amelia, fille fictive de la dernière victime recensée, celle sur laquelle le tueur s’est le plus violemment acharné, Mary Jane Kelly.
On prend connaissance des documents originaux de l’enquête - articles de presse, interrogatoires, photos, reconstitutions - cinquante ans après les faits, à travers la voix d’Amelia. 

De ce serial killer mythique, je ne connaissais que la sauvagerie des meurtres et le profil des victimes : des prostituées d'un quartier miséreux de Londres. Et bien sûr sa supposée silhouette, chapeau haut de forme et cape noire, qui ont d'ailleurs inspiré bien des couvertures de thrillers. 
Je n'étais pas curieuse d'en savoir davantage, avant d’écouter Michel Moatti présenter cet ouvrage.

La version romancée qu’il en propose est nourrie d’un long travail d’investigation dans les archives de l’époque. Le portrait du Whitechapel de 1888 évoque un décor à la Dickens. Dénuement extrême, insalubrité, délinquance, violence, maladie, alcoolisme. Condition ouvrière, celle de femmes en l’occurrence, exploitées dans des usines d’allumettes (« [une grande partie] de leur rémunération […] étaient versée en lard rance, en harengs moisis, en farines avariées ou coupées à la poussière d’argile. »). Prostitution en ‘appoint’ à ces maigres revenus, pour pouvoir manger, payer le loyer d’une chambre miteuse… et boire.
Le travail d’infirmière d’Amelia sous le Blitz londonien de 1941 met judicieusement en perspective les carnages des raids aériens et les scènes de crimes de Jack l’Eventreur.

En dépit de l’intérêt historique, social, psychologique de ce roman, je m’y suis souvent ennuyée, ayant l’impression de piétiner, de lire plusieurs fois les mêmes faits – tout comme les enquêteurs à l’époque, certes, et les archivistes qui poursuivent les recherches sur l’affaire…
Le sous-titre racoleur ‘LE [en majuscules] roman-enquête sur Jack l’Eventreur’ est à double tranchant, je pense qu'il fait fuir presque (?) autant de lecteurs qu'il en appâte.
La façon dont l’auteur affirme avoir trouvé l’identité de Jack L’Eventreur me semble bien présomptueuse. On lit en effet en postface : « Je vais donc à présent exposer pourquoi *** est bien le coupable de 1888, et pourquoi le carnage ignoble de Miller’s Court l’accuse implacablement de tous les crimes attribués, depuis plus de cent vingt ans, à ce personnage drapé d’ombre que l’on nommera, pour l’éternité, Jack l’Éventreur. » (p. 403) 

Malgré ces réserves, je conseillerais ce roman, non pas pour l'aspect thriller ni pour connaître l'identité (présumée) du mystérieux tueur, mais pour ce qu'il nous enseigne sur la misère urbaine à la fin du XIXe siècle.

Horloge 30 mars au 5 avril

Challenge thrillers et polars de Liliba (2013/2014)

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