garde à vie

Syros, Rat Noir, janvier 2011, 106 p.

♥♥♥♥

Hugues était dans le coup quand ils ont volé et crashé une voiture pour s'amuser. Mais il ne balancera pas le copain qui a eu cette idée. C'est quelqu'un de bien, Hugues, il est sérieux, attaché à sa maman, c'est pas un voyou. Les forces de l'ordre ne voient pas les choses de cette façon. Il va morfler le petit gars, même s'il n'a que quinze ans. 
Garde à vue, flics sadiques qui ne lésinent pas sur les coups bas pour soutirer des aveux. Ou juste pour intimider, cela peut suffire pour faire réfléchir un gamin.
Puis détention. Pas de bol, Hugues partage la cellule d'un dangereux taré, qui l'humilie et l'asservit, menaces à l'appui.

Atroce, cette description de la prison où les codétenus peuvent être vos pires bourreaux, sous l'oeil indifférent des matons : "Déjà entre eux, ils sont sans pitié ! Pourquoi on se gênerait ?"
Atroce, ce système judiciaire et pénitentiaire qui enferme des chiots fou-fous avec des pitbulls, au risque de les métamorphoser en chiens enragés.

Superbe texte - fort, dérangeant, bouleversant, révoltant - parsemé de poésie.
J'ai un peu perdu pied dans les délires oniriques de la fin. Mais peu importe, je garderai l'essentiel en mémoire : un adolescent "pas mauvais garçon, juste un petit peu con, [trop] jeune pour la taule" (p. 13) qu'on pourrait enfermer - pour le remettre dans le droit chemin ? en protéger les honnêtes citoyens ? faute de structures plus adaptées mais plus coûteuses ?

L'avis de Edea.

Horloge 21-22 avril

■  EXTRAIT :  "La cigarette, compagne du taularde jusqu'au bout et, jadis, jusqu'à l'exécution capitale. Le désir de téter autre chose que son pouce. De pouvoir pleurer en se piquant les yeux à la fumée ou, alibi, s'étrangler de toussotements en se raclant la gorge pour se purger de larmes."  (p. 31)

Merci à Dominique pour le conseil.