kermesse au paradis

 

Brigit

Im Himmel ist Jahrmarkt, 2013
traduit de l'allemand par Elisabeth Willenz
Cambourakis
octobre 2013, 280 p.

♥♥♥♥

C'est souvent lorsque les aïeuls disparaissent qu'on éprouve le besoin d'en savoir davantage sur leurs vies : "Sans qu'on y ait pris garde, nous étions parvenus au bord du précipice de la mémoire familiale. [...] Soudain, j'avais tant de questions. Et plus personne pour y répondre".

Entre remords, curiosité et urgence de retrouver des racines qui ne pourront plus exister que dans sa mémoire, l'auteur de cet album reconstitue la vie de ses grand-parents et d'un oncle.

Elle présente ces biographies en images, après avoir travaillé à partir de photos, documents, témoignages de proches, imaginant le reste pour combler les vides et les zones d'ombre. 

Birgit Weyhe dresse ainsi cinq portraits d'autant plus intéressants que ces personnages ont traversé une période riche en bouleversements (sociaux, culturels, politiques) et meurtrie par des drames : le XXe siècle dans une Allemagne marquée par des guerres.
L'accent est mis sur les grands-mères, deux femmes fortes et indépendantes de milieu bourgeois relativement aisé. Les hommes figurent en arrière-plan, ternes et faibles, vivant dans l'ombre de ces femmes de caractère qui tiennent les rênes.

Le graphisme dépouillé et grossier peut sembler austère et rebutant. Les visages sont souvent lourds, disgracieux. Mais de loin en loin, des symboles éloquents expriment l'émotion et la douleur mieux que des mots (quelques gouttes de sang pour un avortement, des cadavres dans des cauchemars, ce remaillage sur la couverture...). C'est à mon avis l'un des points forts de l'ouvrage.

Un témoignage très intéressant de destins de femmes du XXe siècle, sans événements spectaculaires. Des fragments de vies qui ressemblent certainement, à quelques détails près, à ce qu'ont pu connaître nos propres grands-parents - l'auteur est née à la fin des 60's.
< emprunt mdtk >
■  EXTRAIT : [hiver 1944/45, un soldat allemand]
- D'après ce que l'on sait, il vaudrait mieux tomber aux mains des Américains.
- Ah tiens ! Vous ne croyez donc plus à la "Victoire finale". Pourquoi Les Américains devraient-ils être des occupants plus sympathiques que les autres ?
- Car ce sont les seuls participants à cette guerre qui n'ont pas eu de combats sur leur propre sol. Pas de pertes dans leur population civile. Pas de villes réduites en cendres. Pas de partisans. Pas de charniers. Pas de représailles.
(p. 131-132)

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