sagan

Stock, La Bleue
avril 2014, 198 p.

♥♥♥♥♥

Hiver 1954, vague de grand froid. Tandis que l'Abbé Pierre s'indigne du sort des plus démunis et rallie massivement les Français à sa cause, une jeune fille fait une entrée fracassante dans le monde littéraire. Françoise Sagan, dix-huit ans, avec un premier roman éblouissant et scandaleux, Bonjour Tristesse, qu'elle a écrit en six semaines. Succès immédiat, durable et international, et tout ce qui l'accompagne : la gloire et ses revers, qui ne la quitteront plus.

Pour relater cet épisode de la vie de Sagan, Anne Berest a pris le parti de mêler biographie romancée et auto-fiction. Lorsqu'elle évoque l'auteur, elle s'imagine à ses côtés, en "présence fantôme", et se répand abondamment sur les doutes qui la traversent à la rédaction de cet ouvrage, elle, trentenaire du XXIe siècle.
Bon, pourquoi pas ? Je n'avais rien contre ce style de narration, a priori. 

J'ai rapidement déchanté, trouvant
- les situations et dialogues imaginés simplistes et creux, tant sur la forme que sur le fond
- des tournures maladroites, pompeuses, théâtrales ou étranges*, des propos étonnants et déplacés (notamment sur les épouses du Président René Coty)
- des erreurs surprenantes au vu du CV de l'auteur ('aéropage' pour 'aréopage', entre autres)
- la place que se donne A. Berest excessive
ses doutes sur son propre travail teintés de fausse modestie - pour rendre plus indulgent le lecteur agacé ?
- l'ensemble artificiel, bancal et dilué, évoquant une espèce de patchwork disharmonieux. "Mon livre prend une forme bizarre, entre roman, biographie et autofiction" déclare l'auteur à Florence Malraux, grande amie de Sagan (p. 74) - bizarre, à qui le dites-vous...

On apprend quand même des anecdotes sur Françoise Sagan, sur son environnement familial, culturel et social, et bien sûr sur le milieu littéraire des années 50. Je retiendrai ces aspects intéressants et m'efforcerai d'oublier le reste.
Cette lecture m'a donné envie de redécouvrir Bonjour Tristesse et de trouver des biographies plus sérieuses et moins nombrilistes sur Françoise Sagan. C'est déjà ça.

* exemples
- l'odeur de l'encre fraîche étrangle le cou de Françoise
- les cheveux noirs et excités
- Julliard se lève de tout son grand buste, comme une cigogne déploie brusquement ses longues ailes noires pour s'envoler sans élan.
- Entre les allées du Jardin du Luxembourg, les chaises esseulées dans le froid, si maigres qu'on dirait des os - des squelettes de chaises.

Horloge 18 au 20/05

Merci à Babelio et aux éditions Stock 

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