fiancées odessa

Moonlight in Odessa, 2009
Liana Levi, Piccolo, mai 2013, 414 p.
traduit de l'anglais (USA) par Adélaïde Pralon

♥♥♥♥♥

Une jolie ville, Odessa. Ses plages somptueuses, son célèbre opéra, ses monuments, son architecture, l'hospitalité de ses habitants. Un petit coin de paradis, vu comme ça, de loin. Mais Odessa est en Ukraine. Après cinquante ans d'emprise communiste, la perestroïka n'a pas rendu les conditions de vie matérielle plus faciles. Chômage, pauvreté, alcoolisme lié à la paupérisation, et parmi d'autres conséquences désastreuses, le règne de la mafia et la corruption. Le confort occidental paraît bien séduisant pour les jeunes femmes qui y vivent.
Bien que débrouillarde, intelligente et diplômée, Daria n'est pas mieux lotie que les autres. Trop fière et trop intègre pour se laisser acheter, et trop généreuse aussi, parfois, pour éviter les pièges. Alors comme ses consoeurs, elle rêve d'Amérique, d'un mari, d'une famille, d'une maison. Pas d'opulence, non, juste d'un minimum de confort matériel, de sécurité et d'amour. Les hommes américains ne peuvent qu'être meilleurs - plus distingués, plus tendres et respectueux - que ceux d'Odessa, rustres, feignasses, infidèles et alcoolos.

A travers le parcours de jeunes Ukrainiennes, l'auteur dresse un portrait réaliste de la pauvreté dans des pays de l'ex-URSS, d'un marché aux femmes, d'un jeu de dupes sordide entretenu via des agences matrimoniales. Les femmes inscrites rêvent de prince charmant, les hommes de l'Ouest de bonniche, de mère pour leurs enfants, de potiche - jeune et belle, ils choisissent sur photos. Une fille pauvre est forcément plus docile et meilleure ménagère qu'une Américaine indépendante. Moins coûteuse à entretenir, aussi. Ça vous mange dans la main, ces jolies petites créatures, elles ne peuvent qu'être reconnaissantes à tout jamais de ce que vous avez dépensé pour les "avoir" et de la vie facile que vous leur offrez.
Passé l'émerveillement, après quelques semaines de conte de fée, la réalité peut s'avérer cruelle pour les jeunes femmes, le carrosse devient citrouille. Comme pour nombre d'exilés qui ont rêvé d'eldorado, le réveil est parfois rude : accueil décevant voire hostile, choc culturel, mal du pays, impossibilité de retour...

Roman riche, émouvant, souvent révoltant mais parfois drôle malgré la gravité de certaines situations. Portraits édifiants de destinées féminines et d'une triste réalité sociale.

Horloge 1er au 11 juin

Quelques mots sur l'auteur : Janet Skeslien Charles est née à Conrad dans le Montana. Diplômée en anglais, français et russe, elle part enseigner à Odessa, en Ukraine, pendant deux ans. Son goût pour les voyages l’entraîne en France où elle obtient un poste de professeur d’anglais en 1999. Devenue résidente à Paris, elle crée un atelier d’écriture à la librairie Shakespeare & Company et collabore à la bibliothèque américaine. Son premier roman, Les fiancées d’Odessa, est publié en 2010. (source : France Inter)