henriette1

Les Humanoïdes associés
décembre 1999, 48 p.
première édition en 1988

♥♥♥♥♥

Elle les cumule, Henriette : le prénom pas facile à porter, le visage ingrat, l'embonpoint et surtout les parents super cons, bêtes et méchants. Le père en particulier, mais qui ne dit mot consent, la mère passive est donc à mettre dans le même sac. Ils sont du genre à fouiller votre chambre pour dénicher votre journal intime, le lire, s'en moquer, et même en faire profiter les voisins. Du genre à vous laminer le moral, à souligner que vous êtes grosse et moche. Exactement ce dont on a besoin à l'adolescence pour se sentir bien dans sa peau.

Henriette encaisse, elle a de la ressource. Jacques Brel pour modèle, des rêves plein la tête, la volonté d'écrire et d'être publiée, moins pour devenir célèbre que pour être enfin comprise, considérée, respectée. En attendant, elle s'épanche dans un carnet : "Je tiens un journal. En fait, je devrais plutôt dire : Nous nous tenons".
Elle est sensible, intelligente et courageuse, aussi, et sait prendre sa revanche mine de rien.

A la lecture des mésaventures d'Henriette, on s'indigne, on compatit, on s'émeut, on voudrait claquer le bec aux abrutis qui l'humilient, et on jubile quand elle arrive à leur damer le pion, ouvertement ou en secret. Et puis on prend conscience que cette petite est l'archétype de l'ado en pleine crise existentielle. Ses lunettes de myope, son miroir, vilain miroir, sont les prismes via lesquels l'adolescent(e) voit ses problèmes, grossis, déformés. Il/elle se trouve nul(le), moche, incompris(e), entouré(e) d'adultes crétins, bornés et sadiques. De quoi souffrir, en effet, être pessimiste, révolté contre tout et contre tous, et rêver de lendemains meilleurs.

Ça bouscule les "vieux", de telles images, et tant mieux si ça nous fait méditer... Parce que finalement, on est aussi lourds que les parents d'Henriette. Enfin presque, et pas tous les jours...

Horloge 21 juillet - emprunt mdtk