la croute

Flammarion, Père Castor 
mars 2009, 30 p.

Cet enfant est furieux contre sa mère : elle vient de l'abandonner.
Elle est morte cette nuit. Elle était malade, se savait condamnée, elle a essayé de préparer son petit garçon, mais comment croire à l'impensable, à l'inacceptable ?
"Hier, maman souriait en tout petit dans son lit.
Elle me disait qu'elle m'aimerait toute sa vie
mais qu'elle était trop fatiguée,
que son corps ne savait plus la porter
et qu'elle allait partir pour toujours.
Je lui ai dit qu'elle n'avait qu'à revenir après,
quand elle serait reposée, que je l'attendrais..."

Superbe album qui noue la gorge et pique les yeux dès la seconde page. 
Terriblement émouvant parce que l'évocation du deuil y est sobre et tellement juste. La colère, le chagrin, le déni, les petits gestes du quotidien qui manquent, la peur d'oublier, la douleur des autres qu'on peut apaiser parfois, si jeune et si malheureux soit-on, la petite voix de l'absent qui accompagne et encourage, le retour timide du sourire et de minuscules instants de bonheur...

On peut s'étonner a priori que l'album soit rouge (texte et graphisme) et non pas noir. On comprend vite : rouge comme la colère, comme la douleur, comme le sang qui coule d'une plaie, comme la vie qui reprend le dessus.

Les illustrations d'Olivier Tallec sont aussi éloquentes que le texte, douces et poignantes. Petit garçon prostré, furieux, malheureux. Petit bonhomme tellement courageux au milieu d'un grand espace, trop grand pour lui sans sa maman, trop plein de vide et de souffrance.

/!\  Attention, la couverture est trompeuse. L'album ne me semble pas destiné aux enfants de moins de huit ans, non pas à cause de son sujet, mais par la manière dont il est traité. Le texte est fourni, dense, pas si simple. Et la vue d'un adulte bouleversé par cette lecture risquerait d'effrayer les plus jeunes. Mieux vaut commencer à parler du deuil avec les tout-petits de manière plus légère. 

Un grand merci à Valérie pour l'idée.

Horloge 24/07 - emprunt mdtk