20 ans fermeFuturopolis, mars 2012, 104 p.

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T'as que 20 ans ? Prends 20 ans quand même, 20 ans ferme, enfermé, et ferme ta gueule, tu gueules trop fort, forte tête, t'es têtu, tu plieras, sale rat, ras le bol des emmerdeurs comme toi...

Milan a participé à un braquage, mais c'est un gars réglo, il ne balancera pas les copains, même pour raccourcir sa peine. Bienvenue en prison, une première pour lui. Les conditions de détention le rendent dingue, il bouillonne de rage. Milan n'est pas un mauvais gars, il est même plutôt généreux et de bonne volonté, mais il est impulsif et refuse de se résigner. Surtout ne pas plier l'échine, mais résister, provoquer, riposter, rire au nez, renchérir, se révolter, "foutre un gros bordel", lancer des émeutes. Bref, se battre dans tous les sens du terme... « Tu dis que je devrais filer doux, la mettre en veilleuse, mais je pense que c'est le combat qui permet de garder un semblant de dignité, de ne pas perdre le contact avec la vie. Je refuse de démissionner, je ne veux pas mourir à petit feu, moi. » (p. 33)
Les représailles ne se font pas attendre : envoi au mitard, violence, harcèlement, humiliation, transferts soudains vers d'autres centres, visites et permissions annulées. Un des matons met un zèle particulier à le punir, ajoutant sa petite touche personnelle aux consignes de la hiérarchie, question de conscience professionnelle et de perfectionnisme sans doute.
En prison, on vous écrase, on vous piétine, on vous broie, on vous brise, surtout si vous essayez de vous rebiffer. « On enfonce toujours plus fort, toujours plus profond la personnalité de chacun pour qu'il rentre dans un moule qui n'a pas la bonne forme. » (p. 72)
Parfois les détenus sont écoutés, traités avec plus d'humanité, leurs qualités et aspirations sont prises en considération, dans la mesure des moyens mis à disposition. Il arrive qu'on n'y soigne pas le mal par le mal mais par la douceur. « Ce qu'il manque ici, je vais vous le dire : c'est de l'affection, de la tendresse, de la gentillesse. Toutes ces choses si naturelles dont nous avons été privés depuis toujours. » (p. 61)

Album choc écrit par Sylvain Ricard et mis en image par Nicoby à partir du témoignage d'un ancien prisonnier. Portrait honnête du milieu carcéral, sans caricature ni manichéisme - les bons et les mauvais sont partout, des deux côtés. Portrait d'autant plus violent et révoltant qu'il met en scène un homme qui refuse d'accepter les règles (pipées) du jeu, même s'il sait qu'il aurait beaucoup à gagner en étant plus docile...

• Sylvain Ricard est également l'auteur de A la folie, album sur la violence conjugale.

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