l'enft

illustrations de Philippe Davaine
Grasset & Fasquelle

avril 2002, 121 p.

♥♥♥♥

Lucie vient d'emménager dans un nouvel immeuble. Plutôt hardie pour ses douze ans, elle prend la résolution d'entrer en contact avec tous ses voisins. Elle s'arrête aux premiers qu'elle rencontre ; Matthieu, sa mère, et leur "fée" russe deviennent sa seconde famille.
Lucie découvre l'univers de Matthieu, petit garçon autiste de quatre ans : ses rituels à heure fixe, sa façon de cramponner les objets et de se coincer entre la table et la chaise quand il est assis "pour se sentir tenu", son besoin de caresser les cheveux des autres "pour avoir moins peur". Matthieu dont "les yeux voient d'autres choses, et des choses si différentes qu'il n'y a pas de mots pour les dire", Matthieu "qui s'enfonce dans ses cercles et dans ses cris", Matthieu et "ses colères, comme des tourbillons où il se noie". Lucie entend bien "le sauver de la noyade", ou au moins accompagner patiemment ses retours sur la rive autant de fois qu'il le faudra et qu'elle le pourra.

Joli témoignage sur l'autisme, qui ouvre des réflexions plus larges sur la communication : quid de la compréhension mutuelle lorsqu'on n'a pas les mêmes codes (ou qu'une partie) ?
La façon dont Lucie parvient à approcher Matthieu montre le pouvoir de certains animaux (un chien, en l'occurrence), intermédiaires précieux lorsque les mots font défaut. L'occasion de méditer sur la mise en veille regrettable de certaines facultés sensorielles chez les humains.
Les liens que le grand-père africain et la vieille femme russe parviennent à établir avec l'enfant autiste montrent également qu'il est bon de s'inspirer d'autres cultures pour renouer avec des langages universels oubliés ou négligés, comme la musique, la danse.

Ce roman est à la fois simple et émouvant. Simple et facile à lire parce que Kochka est douée pour écrire des romans jeunesse. Poignant parce que Kochka, elle-même maman d'un garçon autiste, a les mots justes pour décrire les comportements et les angoisses de l'enfant, le désarroi de ses proches lorsque leur bonne volonté, leur patience et leur douceur ne suffisent pas.

A partir de 12 ans

- emprunt mdtk - merci, Laurence, pour l'idée !

• EXTRAIT • 

Matthieu aime tellement les petit-beurre qu'il ne les mange pas. Quand on lui en donne un, il le promène, le respire, en fait le tour avec le doigt. Il s'en caresse la joue aussi et ne s'en sépare plus. Du coup il devient manchot car il n'a plus qu'une main - l'autre tient le gâteau - et tout est compliqué. S'il pleut, il protège le biscuit. S'il marche dans une flaque, il le tient à bout de bras. Ça peut durer la matinée, jusqu'au moment où quelque chose se passe et le gâteau se casse. Alors Matthieu tente de recoller les morceaux mais il n'y a rien à faire. Il pleure de désespoir et rien ne le console, même pas un gâteau neuf. Enfin il finit par manger les morceaux, au moins pour les faire disparaître. Puis ça va mieux parce que c'est bon quand même.  (p. 70)