avec tout

Nathan, avril 2008, 106 p.

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Telma est une maman formidable qui élève seule ses quatre enfants. La petite dernière a trois ans et l'aîné, adolescent, est autiste : « Beny, c'est le plus grand, mais il est différent des autres. C'est celui qu'il faut raisonner, celui dont le coeur déborde et qu'il faut toujours contenir. Beny, c'est la tendresse puissance dix mille ; c'est le ciel qui embrasse la terre ! Mais c'est aussi les cyclones, la foudre et la tempête ! » 
Voilà plus de deux ans que le père de cette petite tribu a disparu. Fugue ? Décès ? Pas de nouvelles. Drôle de surprise pour Telma lorsqu'il resurgit après tant de temps et demande à revoir ses enfants. Oui, il est parti comme un voleur et sa femme a ramé pour se remettre debout et maintenir tout le monde à flot. Oui, il va falloir lui faire une nouvelle place, apprendre à vivre différemment, retrouver un équilibre, et ça ne sera pas facile. Mais non, ce type n'est pas un salaud, pourtant. Vous verrez...

Histoire d'une femme devenue mère, exclusivement mère : « [...] à la naissance de Beny, devant l'ampleur des problèmes, elle a démissionné de son poste d'avocate, puis s'est recroquevillée autour de son ourson pour le protéger du monde. Du coup, à force de les entourer, lui et les trois suivants, elle ne sait plus vivre sans eux et ne connaît plus personne. »
Histoire d'amour maternel, fusionnel, animal. On est presque gêné, lecteur, d'être témoin des étreintes de cette femme et de son grand fils, quand elle l'enveloppe de son corps pour le rassurer lorsqu'il perd pied, lorsque la détresse ou la colère le submergent : « Elle s'arrondit autour de lui comme une arche, et tranquillement, doucement, elle se met à lui chanter des chansons en lui caressant le front. »
Histoire d'une maman ourse qui sort griffes et crocs quand on veut lui enlever ses enfants. Mais suffisamment sage pour admettre qu'il est temps de couper le cordon pour les laisser grandir - Beny plus encore que les autres. Parce que l'amour ne suffit pas, parce que le mieux est l'ennemi du bien, comme on dit...
Histoire d'un enfant autiste qui s'amarre comme il peut au monde, accrochant des petits élastiques partout : « [ils] sont importants dans la vie de Beny. Ils symbolisent les traits d'union tremblotants qui relient les choses et les gens. »

Superbe texte généreux, viscéral. Kochka écrit avec son coeur et avec son corps une histoire qui ressemble beaucoup à la sienne. 
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Merci, Laurence, pour ce conseil.
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Horloge 20/08 - emprunt mdtk