la porteuse

anne pouget

Casterman, 17 septembre 2014, 198 p.

♥♥♥♥

En 1499, les enfants du peuple ne vont pas à l'école, ils commencent à travailler très tôt pour une bouchée de pain - c'est le cas de le dire, il s'agit de manger à sa faim, guère plus. A treize ans, Pernelle est porteuse d'eau : elle remplit à la fontaine de lourds baquets, les porte sur ses épaules et vend de l'eau aux passants. Un jeune étudiant italien propose obligeamment de lui apprendre à lire, Pernelle y met beaucoup d’application et espère échapper ainsi à sa vie de misère. Elle découvre la langue avec fascination : la lecture, l’écriture, mais aussi l’art de la rhétorique en suivant les plaidoiries d’un avocat.

Ce roman est à la fois instructif, captivant et facile à lire – peu d'ouvrages jeunesse réunissent ces trois qualités.
On apprend beaucoup et avec plaisir sur la vie dans les villes au XVe siècle, sur les petits métiers, les débuts de l'imprimerie, la médecine de l'époque, les accusations de sorcellerie… On croise quelques grands personnages (Vinci, Erasme…), et l’auteur parsème le récit d’anecdotes amusantes (procès d’animaux) et d’explications sur l’origine de mots et d’expressions utilisés aujourd’hui. 

Avec un regard d’adulte, on peut trouver quelques invraisemblances : la façon raffinée dont s’exprime Pernelle, les précautions prises avant d'exécuter une sorcière présumée, la bienveillance et le dévouement gratuits des lettrés que côtoie la jeune fille. Malgré ces réserves, je me suis régalée avec ce roman. Je le conseillerais dès douze ans, notamment parce qu'il donne envie de s'intéresser à l'Histoire (davantage que la plupart des cours dispensés au collège).

EXTRAITAu chapitre des Créatures de Dieu [au XVe siècle], les animaux étaient jugés de la même manière qu'un être humain, selon la même procédure, et défendus par des avocats spécialisés qui plaidaient leur cause avec autant de sérieux que s'il s'était agi d'un homme. [...] Ce jour-là, Maître Chassanée plaidait la cause d'un porc, coupable d'avoir dévoré le bras d'un enfant dans son berceau. Les parents du nourrisson, éplorés, se tenaient sur le banc de droite, le propriétaire de l'animal sur celui de gauche et, à côté de lui, à la barre et maintenu par une laisse, le pourceau accusé, ridicule dans les vêtements d'audience obligatoires dont on l'avait affublé : jupe, veston rouge, coiffe et chaussures.  (p. 46)

Horloge 10 & 11 septembre - merci aux éditions Casterman

• Mon fils a lu et aimé Les brumes de Montfaucon de cette auteur, proposé lors d'un "défi lecture" en 5e.