le dernier chat

Η τελευταία μαύρη γάτα, 2013
traduit du grec par Michèle Justrabo - Editions du Jasmin, septembre 2013, 255 p.

ET

• L'avis de Canel

♥♥♥♥♥

Sur cette île, les chats noirs sont devenus indésirables. Ils portent malheur. De là à dire qu'ils sont responsables de tous les maux et qu'ils doivent disparaître, il n'y a qu'un pas qui est vite franchi. Etapes classiques d'un génocide : rumeur, chasse officielle encouragée par les dirigeants, persécution, appel à la délation, arrestations, mises à mort de plus en plus barbares. Et côté victimes : peur, fuite, résistance, solidarité, mais aussi lâcheté et coups bas pour sauver sa peau.

On reconnaît bien sûr le clin d'oeil appuyé à l'Holocauste juif. La fable rappelle celle de Pavloff, Matin Brun. Je reprochais à celle-ci sa brièveté et sa simplicité. Je reproche à ce Dernier chat noir des longueurs et trop de naïveté. Il me semble que la richesse d'une allégorie réside dans sa finesse, je trouve que l'auteur y va à la louche ici. Je précise que je ne suis pas le bon public pour ce genre de fable sur la Shoah : Le garçon en pyjama rayé (John Boyne) et La vie est belle (Roberto Benigni) m'ont hérissée. Lorsque les détails sont si précis, lorsque le public visé est adolescent ou adulte, lorsqu'on n'a pas à échapper à la censure, pourquoi ne pas appeler un chat un chat ? Je comprends et approuve l'intention de l'auteur, mais je n'arrive pas à entrer dans ce registre. Réticence personnelle, donc, qui ne doit pas vous décourager de découvrir ce roman.

Horloge 13 au 15 novembre

• l'avis de Mr 

♥♥♥♥

Sur cette île, des humains semblent convaincus que les chats noirs portent malheur. Afin d’éliminer ces mauvaises influences, ils tentent de rallier leurs concitoyens à leur cause. La chasse est ouverte, mais la résistance tente de s’organiser. 

Cette histoire est une allégorie, à la manière de Matin Brun (courte nouvelle de Franck Pavloff). Ici la désignation de boucs émissaires sert aussi à une tentative de prise de pouvoir. Jalousie, peur et crédulité sont les terreaux fertiles à une telle stratégie, et présentes en permanence. Le parallèle entre les Juifs de l’Allemagne des années 1930 et 1940 et les chats noirs de ce conte est évident, tout au long de l'intrigue.

L’ouvrage reste cependant léger et facile à lire, y compris par des jeunes qui s’en tiendront peut-être au premier degré. Après tout, ici ce ne sont "que" des chats qui meurent, et des lueurs d’espoir persistent jusqu’à la fin du livre. Quelques scènes d’action "tarte à la crème" donnent au récit un côté loufoque qui en amusera certains - elles m’ont un peu agacé par leurs excès. Ceci n’empêche cependant pas une réflexion sur les sentiments et instincts humains, qui malheureusement se prêtent bien au renouvellement de telles histoires, ainsi que le conclut l’auteur dans son épilogue : « Dans le fond de mon coeur, je sais toutefois qu'ici, sur cette île, comme ailleurs aussi, les chats oublient, les hommes oublient, et la folie ne demande guère qu'à s'embraser à nouveau. Et tout recommence... »
 

Nous remercions Sarah et les éditions du Jasmin pour cette découverte.