attention fragiles

Seuil, août 2011, 141 p. (1e édition en 2000)

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Nelson emprunte chaque jour cette passerelle au-dessus de la voix ferrée pour aller au lycée. La tentation est grande, parfois, de sauter, il n'en peut plus de cette vie étriquée - à vingt ans, on n'a plus envie d'être surprotégé sous prétexte qu'on est aveugle : « C'est pénible, l'amour d'une mère, parfois. J'ai des envies d'indifférence. » Sous cette même passerelle vivent Nono, cinq ans, et sa jeune mère. Elle a pris la fuite avec son petit garçon lorsque son compagnon est devenu violent, ils vivent dans un carton de réfrigérateur protégé par une bâche en plastique. L'hiver approche, la situation n'est plus tenable. Mais cette maman a tellement peur qu'on lui enlève son fils... « Je longe le quai H, le regard baissé. Qu'on ne me remarque pas. Je ne veux exister pour personne. J'ai peur des gens de bonne volonté. J'ai peur que, pour son bien, pour le mien, pour le nôtre, on me prenne Bruno, un beau, non, un affreux matin. »

Comme toujours chez Marie-Sabine Roger, on trouve des répliques qui font mouche, de l'humour, de la tendresse. Beaucoup d'humanité et de chaleur entre des personnages sur le fil qui arrivent à s'insuffler l'énergie nécessaire pour reprendre la route. Un roman jeunesse à découvrir dès douze ans, intéressant et poignant pour sa description de "la rue" - une belle histoire d'amour en parallèle allège le côté dramatique de la situation et devrait séduire les jeunes lecteurs.

Horloge 17/01 - emprunt mdtk