gros-calin

éditions de Minuit, 1974
Folio, 1976, 215 p.

♥♥♥

Michel Cousin est statisticien ; les nombres, c'est bien "pour se sentir moins seul". Il vit seul dans une agglomération de dix millions d'habitants. Son unique compagnon est un python de deux mètres vingt. Un serpent glacé qui fait des noeuds, s'enroule autour de lui, le serre jusqu'à l'étouffement - autrement dit il a pour compagnie l'angoisse. L'angoisse d'un trop-plein d'amour, d'affection, de générosité, de libido, sans personne en face. L'angoisse de la solitude, à en crever "J'avais tellement besoin d'une étreinte amicale que j'ai failli me pendre". Il se serre lui-même dans ses bras, parfois, il regrette d'ailleurs de ne pas en avoir quatre. Il va aussi voir "les bonnes putes" (sic) pour le sexe mais aussi pour la chaleur de l'étreinte.

Fable écrite en 1974 sur l'ultra-moderne solitude dans un monde où la liberté et la surabondance matérielle - signes de confort, pourtant - donnent le vertige. Dans une société où l'on peut vivre seul, techniquement parlant, mais où l'on n'est toujours rien sans les autres : "L'amour est peut-être la plus belle forme du dialogue que l'homme a inventé pour se répondre à lui-même."
Les cinquante premières pages m'ont déroutée, pas facile de situer le degré d'humour quarante ans après rédaction de l'ouvrage, dans un tout autre contexte, notamment les propos du narrateur sur les étrangers. J'ai fini par entrer dans le jeu, repérer et accueillir les jeux de mots, cerner l'humour (qui m'a fait sourire jaune, pas rire), accepter les redondances qui expriment les obsessions de cet homme désespéré et ajoutent au malaise à la lecture - ceci en gardant toujours à l'esprit que l'auteur s'est suicidé six ans après avoir écrit ce roman.

Horloge 20 & 21 février - emprunt mdtk