la moitié

Pocket, août 2002, 86 p.

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Fanny a quitté la maison sur la pointe des pieds ce matin avec son barda. Elle fugue, prend le train. Pas pour fuir ses parents ou sa banlieue grise. Elle sait où elle va : rejoindre Loïc, son grand amour, à 800 kilomètres. A quinze ans et demi, quand on est amoureuse, il y a mieux à faire que de rester assise sur les bancs du lycée. C'est tellement court, la vie, et quand on voit ce que les parents en ont fait, franchement...
Quand sa mère découvre sa lettre dans sa chambre, le choc est rude, elle n'a rien vu venir.

Très bon roman sur les sentiments et les rêves adolescents, sur les ambivalences dans les relations mère-fille où les paroles sont tour à tour de miel et de venin, avec "tendresse-hérisson, à se blesser sitôt qu'on s'aime. Trop près ça l'égratigne et trop loin ça lui manque"... Marie-Sabine Roger décrit à la perfection les humeurs adolescentes façon giboulées de mars : "Jacques a beau faire, essayer, il n'y comprend rien, à sa fille. Un jour elle chante, deux jours elle pleure."
La polyphonie permet de présenter à tour de rôle les voix de Fanny, de chacun de ses parents et du petit copain. Ce procédé est idéal pour légitimer les différents points de vue, pour faire comprendre au jeune lecteur les réactions et inquiétudes parentales, et au lecteur adulte les comportements de leurs grands enfants. Les réticences de la mère à envisager une sexualité chez sa fille - si petite encore - sont particulièrement intéressantes et émouvantes, de même que les mots et remords du père, et leur volonté, à tous les deux, de faire le bonheur de leur fille sans qu'elle se brûle les ailes.

Pour les filles et pour les garçons, dès treize ans. Et pour les parents. 

Horloge 2 mars - emprunt mdtk

EXTRAITS

■   Aujourd'hui [elle fugue] c'est un jour pierre blanche, à la fois lourd et lumineux. Elle pense à sa mère, bien sûr. C'est la dernière ancre qu'elle jette. Son amarre. Sa mère. Amie-ennemie, douceur-colère. Disputes à cris furieux et larmes énervées. Tendresse et rires, irremplaçables.  (p. 15)

■   Elle est la mère de Fanny. Ni admirable, ni modèle. Pleine d'un amour maladroit qui se distribue comme il peut, sans équité, sans calcul, entre câlins et engueulades. Dure et douce à la fois, jamais certaine de bien faire. Trop lasse certains jours pour chercher le bon argument, la raison valable, intelligente. Et ces soirs-là, les cris remplacent la raison.  (p. 46)