le dernier gardien

 

GJ

Noir sur Blanc, Notabilia, septembre 2014, 176 p.

♥♥♥♥♥

Entre 1892 et 1954, 12 millions d'européens espérant s'installer aux Etats-Unis sont passés par le centre d’immigration d’Ellis Island. C'est là que s'opérait la sélection, 2% de ces étrangers ont été refoulés, pour raisons de santé, suspectés de délinquance ou d’accointances douteuses - communistes, par exemple.

John Mitchell, personnage fictif de ce roman, en est le dernier directeur. Le centre ferme, il y a passé toute sa carrière de fonctionnaire, l'heure de la retraite a sonné, celle des bilans aussi. En rédigeant son journal, il se souvient avec nostalgie de son épouse infirmière morte prématurément, des immigrants qu’il a rencontrés, des coups de pouce qu’il a donnés (pas toujours volontairement) à différents destins, certains heureux, d'autres tragiques. Et du lot de tous ces exilés en transit sur cette île après trois semaines de traversée éprouvante : l'expérience « du déracinement, de l’arrachement, du découragement, de la peur de l’inconnu, de la peur de l’oubli de sa langue, de la nostalgie des musiques de son pays (…) » (p. 147)

Très beau récit doux et triste, qui émeut et laisse désemparé « Parce qu’il y a trop d’amour, trop de peine dans ces pages » (p. 161). L’élégance de la plume, la sobriété et la subtilité de l’intrigue rappellent le talent de Stefan Zweig et donnent envie de découvrir d'autres textes de Gaëlle Josse.

L'avis de Sandrine.

Horloge 7 au 9 mars - emprunt mdtk