le génocide

MM

Albin Michel, avril 2015, 171 p.

Lu par Mr

♥♥♥♥

25 avril 2015 : centenaire du génocide arménien. Cet essai de Michel Marian apporte sa contribution aux commémorations.

L’auteur commence par rappeler les circonstances et le contexte des massacres d’arméniens en 1915 et 1916 dans l’Empire ottoman. Il les examine ensuite à l’aune des critères définissant la notion de génocide. Ces soixante-cinq premières pages de l’ouvrage sont celles que j’ai le plus appréciées, notamment grâce à la clarté des propos.

La suite de l’essai ne traite plus directement de ces événements. Il s’agit en effet plutôt de réflexions autour de ce qui les a suivis. Quels ont été les rapports entre ce génocide et, d’une part ce qui restait du peuple arménien après 1916 et d’autre part ce qui deviendra la Turquie ? Diverses manières d’analyser ces massacres (du déni des autorités turques à de vaines revendications d’Arméniens), et divers types de rapports avec eux sont disséqués. L’auteur explique ce que ces discours (plus ou moins sincères) révèlent de ceux qui les tiennent, ainsi que ce qu’ils pourraient impliquer pour l’avenir. Il insiste sur l’importance pour les Arméniens de la reconnaissance de ce génocide, et sur les enjeux politiques (pour la politique intérieure turque) et géopolitiques de cette reconnaissance élargie. Michel Marian explique aussi les liens étroits entre le génocide et la fondation de l’Etat turc, égratignant au passage le mythe d’un Mustafa Kemal (Atatürk) moderniste, humaniste et démocrate. La complexité des rapports entre arménité et religions est également prise en considération. En outre, des éléments de comparaison intéressants entre ce génocide et d’autres (Shoah, génocide rwandais) parsèment ce livre.

Cet ouvrage et les réflexions qu’il propose sont résolument tournés vers l’avenir, avec une justesse parfois prémonitoire qui confirme la parfaite maîtrise du sujet par l’auteur. Ainsi on peut lire : « les chrétiens, dont on peut trouver qu’ils n’ont pas été à la hauteur de l’indignation exprimée par Benoît XV [pape de septembre 1914 à 1922] au moment des faits sont aujourd’hui plus soucieux de susciter des exemples de dialogue réel, qui démentent la confrontation religieuse. L’origine argentine du pape François et le contexte des persécutions contre les chrétiens d’Orient pourraient aller dans le sens d’une prise en compte plus marquée du différent arméno-turc par les autorités religieuses » (p. 149). Le 12 avril 2015, à la basilique Saint-Pierre de Rome, le pape François utilisait publiquement le terme de génocide pour qualifier le massacre des Arméniens perpétré un siècle plus tôt.

J’ai trouvé le rappel historique particulièrement clair et intéressant, mais je regrette sa brièveté. La suite de l’ouvrage, très riche en réflexions et analyses, m’a aussi intéressé. Plusieurs passages sont cependant ardus à lire, notamment en raison du détail dans l’analyse.
Un ouvrage que je recommanderais à ceux qui veulent réfléchir sur le sujet mais pas à ceux qui recherchent un livre de vulgarisation historique.

Merci aux éditions Albin Michel.

■  A propos des arméniens, vous pouvez aussi découvrir : 
  • Arménie russe, Aventures scientifiques à l'époque des tsars (Pierre Bonnet - 1909-1914), de Françoise Ardillier-Carras & Olivier Balabanian 
  • Un village anatolien, de Mahmout Makal

■  Sur le génocide arménien, je recommande aussi : 
  • Le génocide des Arméniens, d’Anne Dastakian et Claire Mouradian,
  • Le crime de silence, Le génocide des Arméniens - Tribunal permanent des peuples, de Tessa Hofmann, François Rigaux, et Richard Hovannisian