antigone

Editions de la Table Ronde, 1946, 133 p.

Lu par Mr

♥♥♥♥

En 1942, Jean Anouilh revisite la célèbre tragédie écrite par Sophocle en – 441.
Le fil conducteur de ces deux versions est similaire, mais Anouilh sort l’intrigue de son cadre historique originel, en modifie le ton, et le caractère de quelques personnages (et en ajoute de nouveaux). 
S’agissant d’une tragédie, il y a peu de suspense, d’autant moins qu’Anouilh annonce dès le début la mort d’Antigone. De grandes tirades alternent avec de courts dialogues. Ces derniers sont beaucoup plus agréables à lire (aussi à entendre je suppose), donnant au récit une vivacité qui selon moi fait défaut aux passages plus longs.
Quelques situations décalées (la garde racontant ses ambitions professionnelles à Antigone qui s’apprête à mourir) créent un léger effet comique, sans toutefois supprimer le caractère tragique de l’œuvre. 

A propos de cette pièce, écrite pendant l’occupation allemande, j’ai lu qu’elle aurait pu contenir des messages politiques en lien avec cette actualité. Je doute que tel fût le cas, même si l’auteur propose des réflexions intéressante sur le libre arbitre, la liberté et sur le pouvoir politique. Ainsi, certains auraient interprété cette pièce comme une apologie du régime de Vichy. Pourtant Pétain diffère beaucoup du bienveillant Créon, ici écrasé par le poids de ses devoirs à l’égard des citoyens de Thèbes… D’autres auraient vu en Antigone un porte-drapeau contre les tyrannies. C’est faire fi à la fois du caractère du Créon d’Anouilh et de l’absurdité du sacrifice de son Antigone, dont le comportement suicidaire est plus désespéré qu’héroïque.

Cette œuvre intéressante m’a paru gâchée par la longueur de quelques passages, ces longueurs me semblant peu appropriées au genre théâtral - mais sans doute apprécierais-je mieux cette pièce jouée que lue...