l'âge des ambitions

Age of Ambition, 2014
traduit de l'américain par Pierre Reignier
Albin Michel, 25 mars 2015, 493 p.

Lu par Mr

♥♥♥♥

L'ouvrage s'ouvre sur une carte de la Chine qui m'a été très utile. 
L'auteur présente ensuite les évolutions récentes de la société chinoise, le plus souvent à partir d'exemples de personnages célèbres ou qu'il a rencontrés.
Les changements dans ce pays sont rapides, en particulier en matière économique dans le sud-est du pays.
Les élites dirigeantes (membres du Parti communiste) cherchent à faire cohabiter une économie partiellement libérale avec un système politique autoritaire. L'économie de marché - partiellement sous contrôle étatique - leur semble la plus efficace pour faire croître la richesse, tandis que cette organisation politique leur offre plus de chances d'en profiter au maximum…
Selon les dirigeants chinois, l'augmentation générale du niveau de vie doit permettre de faire accepter à la population le sacrifice de libertés élémentaires.
Cet ordre social pourrait cependant être perturbé par l'accroissement rapide des écarts de richesses et par les nouveaux moyens de communication, qui mettent en évidence la corruption dans le pays…
Dans cette « kleptocratie », caractérisée par la confusion entre le milieu de la politique et celui des affaires, la maîtrise des informations diffusées est primordiale : « la Grande muraille électronique » participe à la survie du régime. Ainsi, en Chine, on ne peut pas s'exprimer librement sur le massacre de la place Tienanmen en 1989, là-bas officiellement appelé « incidents du 4 juin ». Il a aussi longtemps été impossible de recenser et de diffuser le nombre de jeunes victimes du tremblement de terre du Sichuan de 2008. En effet, leur forte mortalité s'explique en partie par la fragilité des écoles construites avec des moyens réduits du fait de détournements de fonds importants (auxquels des membres du Parti ont pris part). de même, l'information relative à une catastrophe ferroviaire devient sensible.
En Chine, la censure en elle-même n'est pas nouvelle : la nouveauté réside dans le fait qu'elle devient de plus en plus visible (il suffit d'entrer des mots ou expressions sensibles en moteur de recherche pour obtenir des messages d'erreur). Certes des règles de droit existent. Leur application est cependant limitée par l'absence d'indépendance des juges vis-à-vis du pouvoir exécutif. Quelques dissidents s'expriment parfois, tolérés tant qu'ils ne créent pas trop de risques pour le système en place. Sporadiquement des mouvements protestataires amènent le pouvoir à réagir, de manières diverses mais d'autant plus violente que le Parti craint le remise en cause de sa domination. Au début de 2011, les autoritées ont interdit la vente de jasmin, par peur d'une contagion de mouvements de protestations nés dans certains pays arabes.
L'auteur met régulièrement en évidence le poids du passé grâce à des références historiques, notamment les conséquences du pouvoir de Mao (l'échec du Grand bond en avant) et de ses efforts pour le conserver (par la Révolution culturelle). le Parti, bien qu'il ait changé de lignes politiques, reste incapable de tirer un bilan non biaisé de ce passé. Sa principale ligne idéologique semble être la conservation du pouvoir et des avantages économiques qu'il procure. D'ailleurs l'effigie de Mao reste présente sur les billets de 100 yuan (imaginez qu'en France nous ayons des billets avec Napoléon ou Pétain !).
La démarche critique de l'auteur m'a un peu fait penser à quelques excellents ouvrages de Bill Bryson sur d'autres pays (« Nos voisins du dessous » sur l'Australie, et « American rigolos » sur les Etats Unis). Toutefois, alors que Bryson insiste avec beaucoup d'humour sur des aspects anecdotiques, Osnos expose ses propos de manière plus globale et approfondie (et plus fastidieuse à lire également).
L'ouvrage d'Osnos dresse un portrait sans concessions mais dépassionné de la Chine contemporaine. Si, à la lecture de mon billet, ce tableau vous a semblé particulièrement pessimiste, c'est probablement parce que je n'y résume que ce qui m'a interpellé. En effet, l'espoir d'évolutions positives de la société chinoise reste très présent dans cet ouvrage. Cette lecture est une invitation à réfléchir sur la gouvernance et la place de ce pays dans le monde, et par comparaison sur notre propre pays.

Merci aux éditions Albin Michel.

- challenge rentrée hiver 2015 avec Laure Valérie itinérante, chez MicMélo -

challenge rentrée hiver 2015