HS

Rageot Jeunesse, collection Métis, 26 mars 2003, 117 p.

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Pour un petit coeur de collégienne, y a-t-il plus préoccupant que d'hésiter entre Nico et Seb, de regretter d'avoir roulé un patin à Phil, d'être jalouse d'Anna, toujours impeccable et jolie et dont tous les mecs sont dingues ? Eh bien oui, découvrir qu'on est amoureuse d'une de ses meilleures amies, ne pas pouvoir se déclarer, encore moins la tenir dans ses bras, ne pouvoir parler à personne de son inquiétude et de sa honte pour cette attirance - même votre mère évacue les tentatives timides pour aborder la question. Et se sentir d'autant plus "hors norme" quand, lors du cours d'éducation sexuelle, les adultes vous expliquent que la sexualité a des finalités reproductrices, que tout ce déferlement d'hormones à l'adolescence s'inscrit dans le grand programme de la vie : la perpétuation de l'espèce.

Isabelle Chaillou évoque dans ce roman l'homosexualité de façon très juste et percutante.
D'un côté, le lecteur est témoin de la souffrance extrême d'une adolescente qui prend conscience que sa sexualité sera difficile à vivre - la sexualité hétéro n'est déjà pas toujours évidente ! -, qui est même persuadée qu'elle n'a pas d'avenir dans cette société. Mots déchirants d'une jeune fille "différente" qui n'accepte pas plus "la tolérance" que les moqueries.
D'un autre côté, on découvre les questions sur l'homosexualité d'une jeune fille hétéro lorsqu'elle y est confrontée pour la première fois dans son entourage. Le lecteur adulte pourra trouver certaines de ses questions naïves, d'autant que bien des points semblent avoir été éclaircis depuis la parution de ce livre (en 2003) avec les multiples débats autour du mariage homosexuel, quoique... Quoi qu'il en soit, l'auteur y répond de manière pertinente et subtile, distinguant par exemple les notions de 'norme' (affaire de statistiques) et de 'normalité', évoquant également les inquiétudes d'un parent : « [...] qui peut souhaiter une telle chose pour son enfant ? Ce n'est pas un crime mais c'est un malheur, j'en suis sûre. Quelle est la mère, quel est le père aimant sincèrement son enfant qui peut se réjouir en apprenant une telle chose ? [...] On veut le bonheur de son enfant et l'homosexualité ce n'est pas le bonheur ! [...] Si c'est le destin de [ma fille] de mener cette vie-là, bien sûr que je l'accepterai. Mais les autres, comment l'accepteront-ils, ceux qu'elle croisera tout au long de sa vie, comment accepteront-ils ma fille, les autres ? » (p. 108-109)

Un long cri de douleur, à mettre en perspective avec ces statistiques effrayantes : « en France, chaque année, 30% des homosexuel-le-s de moins de 25 ans tenteraient de se suicider, d’après un rapport rendu au Sénat en 2013. »
(source : Libération)

A faire découvrir aux adolescents, dès treize ans.

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