la décision

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Gallimard, Scripto, 31 janvier 2013, 247 p. 

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Elève de terminale S, Louise est promise à un brillant avenir. Elle aime les matières littéraires, elle hésite entre Sciences Po, HEC et Hypokhâgne pour l'année prochaine, mais elle a encore un peu de temps pour se décider, on n'est qu'en octobre. Et puis sa vie bascule un matin en cours de maths : malaise, crampes abdominales, elle quitte la classe et file aux toilettes, accompagnée d'un camarade. Le copain l'attend dans le couloir, fume une clope (y a pas le droit, mais bon), s'inquiète, alerte le proviseur, les pompiers mettent un temps fou à arriver, les manifs contre la réforme des retraites bouchent les rues. Louise est envoyée à l'hôpital...

On parcourt un long chemin avec Louise, entre ces 250 pages, un long chemin douloureux. Ce parcours n'est pas rectiligne, il bifurque, on revient sur ses pas, on n'est pas sûr de ses choix - Louise est encore si jeune, malgré sa force de caractère - et ça fait tellement mal de voir qu'on s'est trompé, il faut se réarmer de courage pour reprendre une autre direction, repartir, retrouver la force alors qu'on pensait être au bout du rouleau.

Roman magistral sur le déni de grossesse. Isabelle Pandazopoulos évoque ce sujet complexe avec beaucoup de talent et une grande sensibilité. La polyphonie de la narration est parfaite pour en montrer tous les aspects, tous les problèmes qui peuvent s'y rapporter de près ou de loin : déni des parents de la jeune fille, chaos parmi les proches (amis et famille), dépression adolescente, premières amours et découverte de la sexualité, maternité... 
L'auteur a le ton juste, le roman est très émouvant, jamais mièvre ni caricatural. Je l'ai lu avec beaucoup d'émotion - certaines scènes sont bouleversantes - et un sentiment de gâchis, énorme gâchis pour le bébé, Louise, ses parents,  le père de l'enfant, les autres jeunes filles du centre : toutes ces vies à reconstruire, ces personnes à remettre debout... J'ai notamment été touchée par ce message, parmi beaucoup d'autres : quand un proche va très mal, il faut savoir cacher sa propre douleur.
« Je ne peux pas affronter leur souffrance, leur regard, je n'en ai pas la force » dit Louise qui, au fond du gouffre, ne reproche rien à ses parents mais ne veut plus, ne peut plus les voir.
« C'est monstrueux, ils n'y sont pour rien. Je sais mais je ne peux pas, je ne suis plus leur petite fille. Et c'est celle-là qu'ils voient, celle que je ne suis plus. »
C'est dur à entendre, oui, c'est insupportable de ne pas pouvoir aider et même d'entraîner plus encore vers le fond, mais laissez-là se reconstruire, s'accepter, s'estimer à nouveau digne de vous...

Superbe. ♥

Le très beau billet d'Argali.

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