d-apres

JC Lattès, 26 août 2015, 484 p.

♥♥♥♥

"Que peut-on écrire après ça ?". Cette question a été (trop) souvent posée à Delphine de Vigan par les lecteurs et les journalistes, après la parution de son ouvrage très intime Rien ne s'oppose à la nuit.

Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, la narratrice/l'auteur, en proie aux tourments de la page blanche, s'interroge et décide de repasser à la fiction. Cette volonté s'affirme tandis qu'elle reçoit des lettres anonymes de plus en plus violentes, l'accablant des dégâts qu'elle a provoqués en racontant sa vie et celle de ses proches dans son précédent récit.

Comme le titre l'annonce, le "vrai" est au coeur de cet ouvrage. Quid des frontières entre autobiographie et "fiction pure" ? Quid des limites entre le réel et le paraître chez les personnages publics, et même chez n'importe quel individu, célèbre ou pas ? Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est faux dans ce que l'on projette sur autrui, ce que l'on veut voir de lui, et dans l'image que chacun a de soi-même, en décalage avec ce que les autres perçoivent ?

Récit captivant d'une descente aux enfers, histoire d'une femme qui entre en léthargie et en souffre, tandis que ses enfants et son compagnon ont pris leurs distances (études et travail obligent). Une femme qui a pour unique compagnie cette mystérieuse L., amie aussi précieuse qu'envahissante, aussi bonne fée que malfaisante.
J'ai dévoré ce roman en une journée comme un (bon) thriller. Suspense à la clef parce que l'auteur nous fait comprendre d'emblée que ça va mal tourner. 
J'ai quand même pris le temps de cogiter sur toutes les questions que soulève ce récit riche : qu'est-ce que l'amitié ? que cherche-t-on chez ses amis ? un miroir ? quand commence-t-on à se (laisser) vampiriser ? quid de la création artistique et littéraire en particulier, des rapports entre un auteur et ses lecteurs, de ce qu'ils attendent de lui au fil de la découverte de son oeuvre, de la marge de liberté de l'écrivain, de son honnêteté...

Un roman "périlleux et formidable" dit l'un des protagonistes. J'approuve et j'ajoute : habile et vertigineux, même si l'exercice n'est pas nouveau.

4,5/5 "seulement" en raison de quelques agacements à la lecture, un chouïa trop de narcissisme mâtiné de fausse modestie dans le personnage de Delphine, peut-être - mais l'effet "identification" du lecteur n'en fonctionne que mieux, cela dit, et c'est une des forces de l'écriture de cette auteur. 

agenda 26 août

■ rentrée littéraire d'automne 2015 ■