le sourire du diable

The Devil in the Marshalsea, 2014
traduit de l'anglais par Isabelle Maillet
XO, 14 mai 2015, 480 p.

lu par Mr

♥♥♥♥

L’effondrement de la Compagnie des mers du Sud en 1720 a ruiné de nombreux épargnants anglais et provoqué une grave crise économique dans le pays. A cette époque, les débiteurs sont emprisonnés jusqu’à ce qu’ils remboursent leur dette ou donnent des garanties jugées suffisantes. Les nombreuses prisons pour débiteurs sont pleines. La vie des prisonniers est un enfer, à moins qu’ils n’aient encore quelques moyens pour s’acheter des extras. La gestion d’un telle prison peut s’avérer très lucrative, notamment grâce à la corruption qui règne à tous les échelons du système carcéral. La prison Marshalsea à Londres, tenue d’une main de fer par le cruel Acton, est particulièrement rentable.
C’est dans cette prison que le jeune Tom Hawkins entre en 1727 après des revers de fortune. Sa passion pour les femmes, la bière, et le jeu l’ont amené loin de la vie religieuse à laquelle le révérend Hawkins, son père, l’avait préparé.
Dans cette prison, le meurtre, crapuleux ou institutionnalisé, fait partie du quotidien. L’un de ces meurtres, officiellement présenté comme un suicide, crée cependant des remous car certains ont entrepris d’en éclaircir les circonstances. Pour le jeune Tom Hawkins, la découverte de la vérité pourrait être un moyen d’obtenir sa libération, en faisant ainsi éponger sa dette. A condition toutefois que le(s) coupable(s) ne soi(en)t pas au préalable en mesure de le réduire au silence s’il s’approchait trop près de la vérité… Le goût de Tom pour le risque, sa naïveté, et les trahisons des uns ou des autres, rendent l’exercice particulièrement dangereux.

L’ambiance infernale du monde carcéral et la corruption qui y règne sont particulièrement bien mis en évidence, de manière d’autant plus forte que ces éléments là sont inspirés de la réalité. La majeure partie de l’histoire se déroule dans ce huis clos, ce qui renforce la crédibilité du récit sur ces points. Le suspense est présent pendant les trois premiers quarts du livre. Seule sa dernière partie m’a un peu déçu, non à cause de l’histoire ou du dénouement en tant que tels mais plutôt parce que l’auteur m’a paru manquer de concision, comme s'il voulait tenir son lecteur un peu plus longtemps en haleine, ou le surprendre par des rebondissements spectaculaires. Or une histoire simple, cohérente et bien écrite suffisait, sans qu’il soit nécessaire d’ajouter des événements finalement assez attendus par tout lecteur habitué des romans policiers.

Un polar historique très intéressant, à la manière de Le nom de la rose (Umberto Ecco), La compagnie des menteurs (Karen Maitland), ou encore Les piliers de la terre (Ken Follett), même si à mon avis il n’est pas tout à fait aussi réussi que ces trois excellents livres.

Merci à Mélanie et aux éditions XO.