mal de mère

Soleil, Quadrants, 17 juin 2015, 220 p.

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L'alcoolique est une personne malade, comme le dépressif. Il ressent un mal-être diffus, une tristesse, une saloperie qui bouffe de l'intérieur, qui fait mal. Une douleur à anesthésier, vite, n'importe comment. 
Le dépressif qui demande de l'aide peut avaler des petits cachets tout propres, à heures fixes, il y a des gentils docteurs qui font tout pour, et aux frais de la princesse Sécu, en plus.
Pour l'alcoolique, c'est plus compliqué, surtout si on est mère de famille, si on a une image à entretenir - institutrice, épouse du maire. Il faut ruser pour acheter de l'alcool, (sous l'évier, dans le linge sale ou propre, derrière les bûches, dans les coffres à jouets, sous les matelas des parents et des enfants), se maquiller pour dissimuler tant bien que mal les cocards dus aux chutes...


L'auteur raconte ici sa jeunesse aux côtés d'une mère alcoolique. Son regard est celui d'un enfant qui souffre de la situation : sautes d'humeur et mauvaise foi maternelles, reproches que cette mère adresse à tous, sentiment de culpabilité qui pèse sur les épaules des enfants et du mari, incessantes querelles parentales, maison qui se délabre, cures de désintoxication, rechutes rapides - en gros, un environnement traumatisant et toxique. 
Regard a posteriori d'un homme qui a souffert, qui souffre encore et qui condamne, parce qu'un enfant croit qu'une mère peut choisir quelle genre de maman elle est, fée ou sorcière.

L'album est d'autant plus triste qu'on est partagé, en le lisant, entre la souffrance de la mère - cette femme émeut autant qu'elle agace - et celle de l'enfant ; chacun est dans son monde, aucun ne peut soulager l'autre. Le fils qui condamne le comportement maternel, même devenu adulte, la mère qui n'a pas la force de s'occuper des autres, ni même de leur montrer de l'amour, c'est déjà trop dur pour elle de tenir, de rester en vie jour après jour ; l'alcool aide, mais mal, il détruit autant qu'il colmate les brèches... 
Après ces mots : « Ma mère est morte, je n'ai jamais su pourquoi elle buvait. » (et elle ne le savait pas plus que lui, tout le drame est là), un soulagement en rabat de 4e de couverture avec ces paroles de pardon : « Je me suis longtemps demandé comment ma mère avait pu imposer cela à ses enfants. C'est quand je suis devenu papa à mon tour que j'ai réalisé que je m'étais trompé. Elle n'était pas seulement ma mère, elle était aussi une femme, une épouse, une institutrice. Je ne l'avais jugée que comme mère, alors que c'est d'abord à elle-même qu'elle avait infligé tout cela. Même si je ne sais toujours pas exactement pourquoi elle a lentement mis fin à ses jours, certains événements me sont apparus sous un autre angle. Car à mon tour je ne suis plus seulement un fils, mais aussi un homme et un père. »

Poignant.

agenda 7 nov - emprunt mdtk