femme au foyer

JAE

Hausfrau, 2015
traduit de l'anglais (USA) par Françoise du Sorbier
Albin Michel, 30 décembre 2015, 400 p.

entre ♥♥ et♠♠

Tu es trentenaire, femme au foyer, mère de jeunes enfants, américaine exilée en Suisse, tu t'ennuies quand les petits sont à l'école (et même quand ils sont avec toi, d'ailleurs), ton banquier de mari est un type bien, mais il ne te dorlote plus comme aux premiers jours, ce µ£¨%]°*§ préfère sa TV et son ordi à ta compagnie. 
Fais un bébé, comme Mary, ça t'occupera, ou prends des amants, comme Anna, ça comblera le vide de tes après-midis, et tu te sentiras exister. Tu peux aussi suivre des cours de langue locale pour être moins isolée dans ton exil (et rencontrer des hommes) et faire une psychanalyse pour raconter tes rêves, parler linguistique, dire que ça ne va pas, que tu n'aimes pas ta vie, que non, pourtant, tu ne regrettes pas les USA, qu'en fait tu ne sais pas ce qui te manque - mais surtout tu n'aborderas pas les sujets importants avec ta psy, comme avouer que tu trompes ton mari et que tu utilises sans vergogne ta belle-mère comme bonniche et baby-sitter pendant que tu t'envoies en l'air avec le premier venu.

Ah quelle tête à claques, cette Anna "Bovary" ! Et pourtant je ne suis sans doute pas si différente, pauvre petite occidentale nantie et désoeuvrée qui se plaint la bouche pleine... Ce genre de livre introspectif typiquement américain me séduit plutôt, en général, même en version lente et mélancolique comme ici, sans humour. Mais en le commençant, j'étais encore imprégnée d'une terrible histoire ('Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte', Thierry Jonquet) où les personnages sont dans une autre panade. La transition entre les deux lectures a été difficile, et même si cela n'a aucun sens de comparer, j'ai trouvé les problèmes d'Anna futiles, ses comportements immatures et irresponsables (notamment certaines réactions vis à vis de ses enfants) - et donc la jeune dame exaspérante. Je n'ai pas réussi à compatir, ni à l'aimer, pas une seconde, même à la fin, lorsque le poids de ses "erreurs" devient dévastateur...

Lecture poussive où l'ennui a dominé, même si certains échanges entre Anna et la psy m'ont intéressée.

• « La psychanalyse n'est pas une psychothérapie, répondit le docteur Messerli. L'objectif de la plupart des psychothérapies est de faire que le patient se sente mieux. La psychanalyse tend à faire de lui une meilleure personne. Ce n'est pas la même chose. L'analyse est rarement agréable. Regardez un os mal ressoudé. Il faut le recasser pour le remettre en place correctement. La douleur de la seconde cassure est en général plus vive que le traumatisme initial. C'est vrai que le voyage n'est pas agréable. [...] »
(p. 153)

• « Dans le monde physique, une ombre est la forme obscure qui apparaît derrière tout objet éclairé. C'est là où la lumière - pour le moment - n'est pas. Dans l'analyse, on a associé la conscience à la lumière. Donc l'inconscient trouve son équivalent dans l'obscurité. Sommairement, disons que l'ombre est constituée par ce qu'un sujet ignore sur lui-même. Par les aspects enfouis du sujet. Des endroits où la conscience - pour le moment - n'est pas. Les endroits obscures. Sinistres. » (p. 335)

agenda 13 au 16 déc.

Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel.

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