en ce lieu enchanté

RD

The Enchanted, 2014
traduit de l'anglais (USA) par Frédérique Daber et Gabrielle Merchez
Fleuve, 21 août 2014
10/18, 14 octobre 2015, 233 p.

♥♥♥♥

Couloir de la mort dans une prison américaine vétuste. 
Compte à rebours : la date de l'exécution de York est fixée au 6 août. On est en mai, il reste quelques semaines à "la dame" pour commuer cette peine capitale en 'perpète'. La mission de cette "dame" : sauver des condamnés en enquêtant sur leur passé pour trouver des circonstances atténuantes et renverser les jugements. Elle y parvient, parfois...
Autour d'eux, un prêtre déchu, un directeur de prison trop bon ou trop affaibli par sa propre douleur (sa femme est en train de mourir) pour voir l'abject autour de lui - les magouilles monstrueuses entre certains gardiens et les caïds qui brisent de pauvres gosses sans ressources. Et puis une voix, celle d'un observateur, muet depuis qu'on l'a arraché à huit ans à sa mère handicapée pour que cesse la maltraitance. Une maltraitance qui a fait de lui un monstre ; il a tué, torturé, il va être exécuté dans la "chambre des lianes" (la pièce où les tuyaux acheminent le poison dans le corps de ceux qui doivent payer leurs crimes)...

Une lecture difficile, à plusieurs égards. Il n'est pas toujours simple de se repérer parmi les différents personnages, la forme brouille les pistes, le changement entre les récits (narrateur ou angle d'observation) est marqué par un simple interligne, pas forcément visible lorsqu'on change de page. Et les traumatismes d'enfance de certains se ressemblent tellement qu'on s'y perd - ceux du narrateur et ceux de York, mais aussi ceux de "la dame", qui a eu la chance de se maintenir du bon côté, elle. Cette confusion est voulue, elle rend le débat "Pour ou contre la peine de mort ?" encore plus complexe. Une question qui n'a pas de sens, ou reste insoluble, posée ainsi, à vrai dire. Le problème est ailleurs, en amont...

J'ai trouvé ce roman à la fois lourd et brillant. Tantôt ennuyeux, tantôt génial. J'avais du mal à suivre l'observateur muet dans ses fantasmagories, entre chevaux d'or et petits hommes aux marteaux. Par contre, la présentation de l'univers carcéral m'a captivée et bouleversée, on n'ose pas y croire même si on a lu d'autres témoignages/romans tout aussi sombres. Mais l'auteur est journaliste spécialisée dans les peines de mort, on se dit qu'elle connaît bien le sujet...

Une urgence : revoir le film de Tim Robbins "La dernière marche" (découvert à sa sortie en 1995), avec Sean Penn et Susan Sarandon (j'ai attribué son apparence à la "dame" du roman dès le début de cette lecture).

Deux excellents billets sur Babelio (et sûrement plus, je n'ai pas tout lu) : ceux de Marina et de Lehane-Fan.

■ Un article à lire, qui fait froid dans le dos (la lecture semble tellement précieuse pour certains détenus) : Pas facile de lire en prison (Vincent Leconte, L'Obs, 11/05/2014).

agenda 18 au 20 déc.