les enfants de dimmuvik

JAJ

Börnin i Dimmuvík, 2013
traduit de l'islandais par Catherine Eyjfólsson
Les éditions Noir sur Blanc, Notabilia, 10 avril 2015, 90 p.

♥♥♥♥

En 1930, la narratrice avait douze ans. Aujourd'hui c'est une vieille femme, son mari est en service gériatrique, elle-même se fait discrète pour rester chez elle, ne pas être expédiée en maison de retraite. Elle se rend aux obsèques de son frère, accompagnée par son petit-fils. Les souvenirs affluent. Ceux de son enfance dans une Islande rurale. Une toute petite ferme, trois enfants, elle était l'aînée, quelques moutons malades qu'il a fallu abattre, le dénuement, la faim, le rachitisme, et la mère qui s'est murée dans son chagrin, dans le silence, ne quittant guère son lit après avoir perdu le quatrième enfant dont elle était enceinte. Et une espèce de fatalisme à l'égard de toute cette misère qui s'exprime à l'heure de la prière : « Le dimanche soir, papa nous lisait la Bible. Tout bas, de la voix d'un homme peu causant. Il feuilletait le livre comme au hasard. Mais il ne trouvait pas que cela tirait à conséquence, car le message, même choisi au hasard, était dans son esprit irrécusable. La toute-puissante parole de Dieu est infaillible. » 

Court roman joliment écrit, à l'atmosphère sombre, mystérieuse, angoissante - on subodore des drames. Ambiance âpre de côte islandaise où même l'été, « une écharpe de brume repose sur la lande », et où l'hiver, le brouillard « tombe soudainement comme une chape épaisse et il faut presque tâtonner pour sentir la terre devant soi ». Ambiance de misère où la crique n'est pas un terrain de jeu, on prend la mer pour aller pêcher parce que la faim vous tenaille, et on rentre avec quelques poissons minuscules... Sur la couverture, deux petites silhouettes tirent un gigantesque cerf-volant ; dans ce récit sombre et tragique, les enfants ne jouent pas, ils survivent et sont victimes du climat, de la fatalité, d'une certaine inertie parentale due à trop d'orgueil, aussi, peut-être ? « Papa arrivait tout juste à attraper le poisson qui nous maintenait en vie. [...] Quand il n'était pas en mer, il restait assis dans la grande pièce, les yeux rivés sur Jésus en croix. C'était comme s'il était en conversation avec lui. Sans paroles, naturellement. »

agenda 25 déc. - merci L.sapin Emoji

- challenge Voisines-Voisins chez Claire (Islande) -

challenge VV 2015