black museum

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Flammarion, 25 mars 2015, 238 p.

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Existe-t-il encore des groupes humains qui vivraient en "bons sauvages", comme disait Rousseau, loin des influences d'autres civilisations ? Oui, le peuple nomade Hadza de chasseurs-cueilleurs, selon Frank Marlowe (The Hadza : hunter-gatherers of Tanzania, PUF, 2010). C'est ce qu'espère observer Alexandre Kauffmann, journaliste et auteur de ce 'Black Museum', en allant à leur rencontre dans le bush tanzanien. Las, une fois sur place, le Français s'aperçoit vite que l'image donnée est un mythe pour occidentaux, un piège pour touristes un peu plus baroudeurs que la moyenne, et que le mensonge profite à tous - structures touristiques et Hadza eux-mêmes, bien entendu, dont les comportements sont pour le moins ambigus...

tanzanieLors des premiers contacts, l'hostilité et la méfiance règnent de part et d'autre, on ne sent pas vraiment de respect entre l'auteur et ses hôtes. A tel point qu'on se demande pourquoi il y retourne, ce qu'il espère encore trouver, une fois le subterfuge dévoilé. On peut alors trouver que le récit tourne en rond, et j'avais envie d'abandonner tout ce monde là, d'autant que le narrateur me paraissait froid et dénué d'humour, en dépit de la "drôlerie" annoncée en quatrième de couverture.

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Malgré l'ennui croissant à la lecture, j'ai apprécié les réflexions suscitées autour du tourisme, de notre soif d'exotisme lorsqu'on voyage et qu'on veut de l'authentique (à l'autre bout du monde, ou même à notre porte, en Bretagne, à Paris...). Ce phénomène qui peut pousser reporters et sociologues/anthropologues à l'imposture, à caricaturer pour le folklore.
L'expérience de Kauffmann nous invite également à réfléchir aux différences culturelles en général, et au "commerce" en particulier (au sens large) - les convenances, la politesse, le don, la gratitude, l'amitié : « Puisqu'ils n'en veulent qu'à mes cadeaux, nous ne serons pas amis, voilà tout. Avec ce statut, ils obtiendraient pourtant beaucoup plus de moi. Dans mon pays, on peut tout donner par camaraderie. Mais à quoi reconnaît-on ses amis ? » (p. 192) - réflexion de l'auteur face à la manie de ses hôtes de tendre la deuxième main après avoir reçu un cadeau...

Alors, qui sont les Hadza ? « [...] des bandes dont la moitié au moins était constituée de délinquants en fuite ou d'agriculteurs trop feignants [...] pour travailler la terre ? » (Erich Obst, début du XXe siècle). Quoi qu'il en soit, un peuple qui sait garder des singularités malgré les intrusions, et les rôles qu'on leur demande de jouer : « Si les Hadza ne sont que mille, s'ils sont démunis, si leurs terrains de chasse s'amenuisent d'une année à l'autre, ils ne continuent pas moins à se distinguer des autres peuples, parlant une langue singulière, refusant toute accumulation de biens, toute hiérarchie, toute religion. » (p. 219)

agenda 22 au 24 déc. - emprunt mdtk