in utero

Au Diable Vauvert, 3 septembre 2015, 190 p.

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Julien Blanc-Gras est un baroudeur. Les chaussons, son canapé et la routine, il est capable de faire une croix dessus pendant quelques semaines, même pas peur. Et pourtant... On peut vivre une aventure aussi perturbante qu'une expédition à l'autre bout du monde sans bouger de chez soi : la grossesse de sa compagne et l'arrivée du premier bébé. Que de découvertes, de doutes, d'angoisses !

« On reproche souvent aux écrivains français de se focaliser sur leur propre nombril. Je vais me concentrer sur celui de la Femme. » (p. 40)
Cela revient bien sûr au même, on reste dans l'autobiographie, mais l'exercice est particulièrement réussi ici, grâce au sens de l'autodérision de Julien Banc-Gras, à son honnêteté, et à des réflexions plus générales sur la parentalité. L'auteur ne se limite pas à des considérations personnelles sur son quotidien et ses états d'âme, il livre des réflexions pertinentes sur la grossesse, la maternité, la paternité et la famille à travers les âges, les continents - ceci sans jamais pontifier, et toujours avec humour.

Ce 'voyage au centre de la mère' et du père sonne très juste. Il m'a passionnée, fait sourire et rire, et souvent émue - un brin de nostalgie, sans doute...

Mon dernier coup de coeur 2015. 

agenda 29 déc. - emprunt mdtk

• l'avis de Mr

♥♥♥♥♥

De Julien Blanc-Gras, j’avais lu le récit Touriste en 2003. J’avais beaucoup apprécié son ton humoristique et le regard critique de l’auteur sur le tourisme et ses surprises.
Dans In utero, j’ai retrouvé les questionnements pertinents de l’auteur sur le sujet qu’il traite - ici la grossesse de sa compagne et la parentalité d’une manière générale (y compris et surtout du point de vue du futur père). J’y ai aussi retrouvé son humour : un regard cynique sur le monde qui l’entoure, servi par un sens de la formule juste.

Je n’ai pas le souvenir d’avoir autant gambergé que Julien Blanc-Gras à la perspective de devenir père, mais je n’écrivais alors pas un livre sur le sujet, et surtout : j’ai la mémoire défaillante…
Les hommes qui ont vécu la même chose n’apprendront peut-être pas grand-chose sur le plan technique ou médical mais ils s’amuseront et prendront plaisir à lire certaines découvertes de l’auteur. Quant aux femmes, s’il est vrai qu’elles font l’essentiel du travail biologique de procréation, elles prendront peut-être conscience de ce que la période de grossesse peut représenter pour le futur père.

Quelques passages m’ont fait penser à des sketchs de Patrick Timsit, comme celui-ci : « Cette période s’est caractérisée par une totale absence de nausée. Preuve de mon implication de nouveau père, j’ai plus vomi qu’elle durant la grossesse. »
D’autres sont l’occasion d’explications sur la biologie, tout en se moquant de travers de notre civilisation : « A peine la porte refermée, la Femme perd son bouchon muqueux. Précisons pour les lecteurs peu familiers du processus de mise bas chez l’Homo sapiens : le bouchon muqueux est une agglomération de glaires brunâtres accumulées à l’entrée de l’utérus qui se détache quelques jours avant la naissance. (…) Il est de mon devoir d’organiser une soirée apaisante. Je nous accorde le droit à un menu McDonald (dont la consistance n’est pas sans rappeler, justement, celle du bouchon muqueux). »

J’ai hâte de lire ce que pourrait écrire Julien Blanc-Gras dans quelques années sur l’adolescence de son enfant. Il me semble que des événements de cette période peuvent être plus marquants que ceux d’une grossesse, sauf pour le ventre de la maman, bien sûr…