nous serons des héros

bri gi

Stock, La Bleue, 19 août 2015, 198 p.

♥♥♥♥

Portugal, années 2010 : destination en vogue pour les touristes français - pas trop lointaine, pas trop coûteuse...
Portugal du début des années 70 : dernières heures de la dictature de Salazar, répression accrue, exil. C'est ce Portugal que nous présente Brigitte Giraud à travers six années de la vie du petit Olivio. Il a quitté son pays avec sa mère à huit ans après le décès de son père opposant, il y revient en vacances six années plus tard. Entre temps, ils se sont installés à Lyon, d'abord chez des amis portugais réfugiés, puis seuls dans un HLM, puis dans le petit pavillon de Max, le compagnon de sa mère, un 'pied noir' amer d'avoir dû quitter l'Algérie.

J'ai retrouvé des thématiques déjà rencontrées chez Brigitte Giraud : l'exil, le dépaysement, l'apprentissage d'une nouvelle langue (cf. Une année étrangère), l'importance des liens fraternels, le couple parental, les adultes toxiques. 
J'ai appris sur la dictature portugaise et la Révolution des Oeillets, période noire du XXe siècle absente de nos manuels d'Histoire.

Il m'a fallu du temps pour m'intéresser vraiment à ce roman, que j'ai d'abord trouvé lent, mou, anecdotique - à l'image de la vie de cet enfant, cela dit. Mon intérêt s'est éveillé après le premier tiers : mais qui est Max, qu'a-t-il fait, que fait-il ou pas, que va-t-il faire ? Quid de l'amitié entre Olivio et Ahmed ? Hélas, une fois le livre refermé, on n'en sait guère plus, on ne peut que supputer... ou attendre une suite ? (ce n'est pas le genre de Brigitte Giraud de faire des séries)... la clef est-elle dans le titre ? 

Il me reste quelques ouvrages à découvrir de cette auteur, j'avais beaucoup apprécié Une année étrangère, Nico, Marée noire... J'aime son style, sa sensibilité, ses descriptions (cf. l'extrait sur le camping qui restitue parfaitement cette ambiance, il ne manque que l'évocation de l'odeur bien particulière de la toile repliée toute l'année et chauffée par le soleil, je me suis rappelé ce parfum toute seule, ça s'imposait !).

> EXTRAIT

 J'ai aimé la première nuit sous la tente. J'ai dormi près de Bruno et nous étions séparés des parents par une cloison de toile. Pour ouvrir, il fallait zipper et cela provoquait un bruit spécial, c'était le bruit du camping, ce 'zip' des fermetures éclair, qui résonnait ici et là.
J'étais allongé dans l'obscurité et j'entendais toutes sortes de sons avec lesquels je devrais me familiariser, ceux de pas qui se rapprochaient, puis s'éloignaient, des chuchotements, de petits cris dont je ne savais pas s'ils provenaient d'animaux ou d'humains, de raclements de gorge, de la musique dont je me demandais si elle venait d'une tente ou d'un bal au village, et toujours ce 'zip' qui disait que quelqu'un se couchait ou se levait. Tout semblait bouger autour de moi, comme si un monde de fantômes se mouvait, les phares d'une voiture balayaient parfois le noir et pénétraient la tente, et j'avais la sensation que rien ne nous protégeait, la toile était perméable, nous n'étions ni dedans ni dehors. Bruno n'était pas rassuré dans le noir et il cherchait à se blottir contre moi. Il demandait si j'avais peur, et bien sûr je lui montrais que j'étais fort. 
Nous avons été réveillés tôt par la chaleur et les rayons du soleil déjà hauts. Quand je me suis extirpé au-dehors, tout le monde dans le camping s'activait et marchait sur le chemin avec une serviette de toilette posée sur l'épaule. Max préparait le petit-déjeuner et faisait chauffer de l'eau sur un réchaud. Nous allions vivre au ras du sol, assis, accroupis ou parfois installés sur des chaises pliantes. Nous allions conserver nos aliments dans une glacière, le ravitaillement en glace deviendrait un souci quotidien. Nous allions vivre quasiment dévêtus, et nous allions devoir emporter avec nous le papier hygiénique pour aller aux toilettes dans les sanitaires au bout du chemin. Tout était bien.
(p. 93-94)

agenda 13 au 15 janv - emprunt mdtk

un hommage à David Bowie décédé cette semaine, forcément suggéré par le titre de ce roman...