route78

Delcourt, Mirages, 18 mars 2015, 176 p.

♥♥♥♥

Eric et Pat, petits Frenchies étudiants à l'école normale, passent l'été 1978 aux Etats-Unis.
Ils les traversent d'est en ouest, de New York à San Francisco : « Du haut de nos vingt ans, on était partis sur la route des poètes et de tous les beatniks, celle de Kerouac, pour se chercher un histoire... Notre histoire. »

eric cartierSurprises à tous les coins de rue en arrivant à New-York : « chaleur écrasante, bordel monstre » à l'aéroport, gigantisme de la ville. Mais des bons côtés pour Eric, aussi : 1 dollar le joint de colombienne déjà roulé - le prix d'un Cheeseburger à Paris. 
Le road-trip s'avère plus dur que prévu : « On savait que ça serait galère mais on était persuadés qu'on allait passer à travers les gouttes sans se mouiller les plumes. »
« Des jours sur les routes, et des nuits dessous » : ils dorment à la belle étoile, sous les ponts. Quand ils sont gentiment hébergés dans des squats, les cafards grouillent, par dizaines, par centaines, et deviennent encore plus flippants après abus de quelques "substances".
Tout le voyage se fait en stop, Eric et Pat rencontrent de drôles de gugusses (des camés, des alcoolos, des babas, des vétérans du Vietnam, des camionneurs givrés...), et se font des frayeurs.

L'harmonie du couple est mise à l'épreuve : « Qu'est-ce qu'on est venus chercher ici, Eric ? Elle est où, la maison bleue ? Que des armes, de la dope, des clodos et des zonards. Des épaves. Où tu vois de l'amour et de la paix, toi ? Où ? Tes potes, ils sont peut-être cool, mais c'est juste des soldats fracassés par la guerre. Comme nos pères... Pas plus. » Et pourtant, elle est cool et patiente, cette Patricia !

Eric Cartier a retracé cette odyssée plus de trente ans après l'avoir vécue. Le voyage m'a semblé un brin longuet, mais je sors de la lecture de Gringoland (Julien Blanc-Gras), autre carnet de voyage avec passage à San Francisco, moins descriptif, plus percutant, et j'ai inévitablement comparé. Rien à voir, en fait, celui-ci s'accompagne d'un questionnement sur les voyages initiatiques, la quête de sens, les idéaux que l'on peut avoir à vingt ans, l'amour. 
Le texte est en VO, donc souvent en anglais - là ça allait, mais pour l'espagnol, j'étais perdue, heureusement que le couple n'a passé que quelques heures au Mexique (dans un bordel, en plus, donc dialogues limités).
Les couleurs sont superbes, les 'vraies' photos du voyage à la fin apportent une touche d'émotion. 

agenda 27 janv. - emprunt mdtk