l'arabe du futur1

Allary, 7 mai 2014, 160 p.

♥♥♥

Né en 1978 d'une mère bretonne et d'un père syrien, Riad Sattouf a passé son enfance entre la France, la Libye et la Syrie.
Cet album est une autobiographie de ses premières années entre deux univers, entre deux cultures difficiles à concilier.

Comme dans 'Les cahiers d'Esther', Sattouf restitue parfaitement la perception d'un enfant, d'ailleurs la maturation du petit garçon est palpable au fil du récit.
J'ai trouvé beaucoup de points communs entre ces deux séries : l'humour, bien sûr, ainsi que l'acuité du regard du jeune narrateur - à la fois naïf et lucide, souvent politiquement incorrect.
Là encore, l'univers des enfants est sans pitié, les gamins s'insultent, se battent, sont cruels envers les animaux (terrible passage avec le petit chien), miment les adultes de leur entourage (antisémitisme).
Comme Esther, Riad semble trouver sa mère insignifiante mais voue une admiration sans borne à son papa : « A cette époque, je ne comprenais pas grand chose. Mais j'étais sûr d'un truc : mon père était fantastique. »
Le lecteur, quant à lui, perçoit de plus en plus ce père comme un type borné, macho, superstitieux, pas très subtil dans les propos qu'il tient devant son fils. On le sent écartelé entre deux cultures (élevé en Syrie, il a suivi des études d'Histoire en France), mal à l'aise. La mère et les enfants en font les frais, subissant les volontés fantasques du bonhomme...
« Tu as réussi à convaincre ta mère, mais n'oublie pas : tu n'es pas français, tu es syrien ! Et en Syrie, les garçons doivent prendre le parti de leur père ! »

Au-delà de l'aspect autobiographique, on en apprend de (pas) belles sur la Syrie des 80's et ses censures (presse, courrier), ses pénuries alimentaires (comparables à celles de l'URSS à la même période), ainsi que sur Mouammar Kadhafi (dirigeant libyen) et Afez el-Hassad (président syrien), deux dictateurs comme tant d'autres - mégalomanie (portraits omniprésents, statues démesurées), exigences insensées d'enfants capricieux.

Excellente BD, à la fois grave et drôle, sur l'enfance, le mariage mixte, l'identité culturelle, les dictatures...
Il me tarde de découvrir le deuxième tome. Le petit Riad semble tellement mal barré à la fin du premier que je vais aller feuilleter les premières pages de la suite en librairie, histoire de me rassurer (j'espère)...

agenda 6 & 7 mars - emprunt mdtk-

 

riad