de l'autre côté

Les Enfants Rouges, 20 août 2015, 88 p.

♥♥♥♥

Il ne dit pas à ses chers parents qu'il part, qu'il les aime mais qu'il part...
Il ne le dit pas non plus à ses amis. Ensemble, ils s'étaient promis de tout changer en Tunisie une fois que Ben Ali serait viré de la tête du pays. Mais il renonce à faire bouger les choses, il n'y croit plus, il préfère tenter sa chance tout seul « de l'autre côté ».
Il quitte la Tunisie pour l'Europe. Il n'a pas de plan, mais des espoirs : « Je peux juste te dire comment j'aimerais que ça se passe. J'espère trouver un travail rapidement. Gagner un peu d'argent. Puis ensuite retourner voir ma famille. Et acheter une belle maison sur les hauteurs de la ville, comme les Tunisiens que je connais qui sont partis sans rien et sont revenus riches. » 
Il ne se fait pas trop d'illusions, c'est mieux. 
Il ne s'envole pas, son voyage est beaucoup plus précaire et l'issue incertaine : « Tu réalises qu'à l'intérieur [de l'avion] il y a des gens qui font le même trajet que nous ? [...] Dans 30 minutes ils sont arrivés. Y en a qui font ça tous les matins. Ils montent dans l'avion, ils s'endorment... Quand ils se réveillent ils sont de l'autre côté. Rien ne leur a fait sentir qu'ils s'étaient déplacés. »

Il suit le parcours classique des migrants clandestins : un pécule pour le passeur (sera-t-il honnête, celui-là ? c'est la loterie), l'attente dans une salle fermée, le camion jusqu'au port, le petit bateau de pêche surchargé (de nouveau la loterie, les naufrages sont fréquents), sa terreur du monde sous-marin, l'arrivée à Lampedusa, les conditions d'accueil déplorables dans le camp de réfugiés : « J'espère que vous avez pas trop d'espoirs. Moi j'attendais rien. Et même là j'ai été déçu. Ce camp, c'est une catastrophe. Jamais on aurait imaginé ça. Ça pue la pisse. C'est comme si on vivait dans une décharge. Tout le monde dort dans des sacs plastiques. Ceux qui servent à emballer les cadavres. Les gens vont n'importe où pour dormir. Une fois par jour un ferry apporte à manger. Le camp est fait pour accueillir 800 personnes. Mais en tout on doit être environ 3 000. Voilà, c'est ça Lampedusa. C'est ça l'Europe. »

Nécessaire, sobre, accessible aux lecteurs adolescents. Une histoire semi-optimiste *** spoil puisque le migrant arrive à destination, mais se rend vite compte auprès de ses pairs qu'il risque d'être longtemps bloqué dans un petit boulot crevant, mal-payé, et qu'il lui restera peu d'argent une fois le loyer payé... ***

A compléter avec Eldorado (Laurent Gaudé), Eux, c'est nous (collectif), Refuges (Annelise Heurtier), Paroles sans papiers (collectif) et beaucoup d'autres ouvrages qui abordent la thématique des migrations clandestines sous différents aspects...

agenda 17 mars - emprunt mdtk