little sister

severac

Syros Jeunesse, 3 mars 2016, 208 p.

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Alors que ses parents et sa soeur Lena le croyaient en stage en Angleterre, Ivan était parti faire le djihad en Syrie. Ils n'ont rien vu venir, comme on dit.
Bon d'accord, aux dires de son ami Théo, « il était devenu agressif, en colère contre tout ; il tenait des raisonnements bizarres sur la société, prétendait que les élites au pouvoir fomentaient des complots contre les citoyens, qu'on nous abreuvait d'illusions et de pseudo-plaisirs au détriment d'une conscience spirituelle ».
Mais c'est plutôt un comportement classique à dix-sept ans. Je trouve ça même rassurant d'avoir une conscience politique et citoyenne, et ces propos ne sont pas absurdes, d'ailleurs...
Mais bon, en l'occurrence, rien à voir avec un sursaut de rébellion adolescent avant l'entrée dans l'âge adulte, c'était plus grave que ça. Ivan a tué avec d'autres terroristes, l'acte médiatisé a jeté l'opprobre sur ses proches, la famille a dû déménager, changer de vie et prendre une nouvelle identité : « Dans les affaires de terrorisme [...] les membres de la famille sont considérés comme des suspects potentiels, pas comme des victimes. » 

Quatre ans après les faits, Lena et ses parents se cachent toujours. Et à seize ans, Lena reste partagée ; elle en veut à Ivan d'avoir détruit leur vie, c'est sûr, mais elle l'aime toujours autant, ce grand frère qui l'emmenait à l'école et la protégeait. Alors elle doute : et s'il avait été piégé ? Elle n'hésite donc pas à le revoir lorsqu'il lui propose un rendez-vous clandestin...

Même si ce roman pour adolescents propose des réflexions instructives et pertinentes sur l'embrigadement des jeunes dans le mouvement islamiste et sur le terrorisme en général, je le considère davantage comme un roman d'aventure mâtiné de bluette. Je comprends que l'auteur ait fait ce choix, le sujet est trop grave pour être abordé frontalement, et si je veux des lectures d'adultes, je n'ai qu'à lire des essais ou des témoignages. N'empêche, je suis déçue, j'espérais en apprendre davantage. Mais que sait-on sur ces jeunes qui se rallient à une cause extrémiste ? « Perte de repères, problème d'éducation, démission des parents, échec du système scolaire, manque de spiritualité dans notre société matérielle, jeux vidéo... Aucune explication ne suffit à me convaincre. Je ressens un immense dégoût, rien de plus, rien de moins. »

L'ouvrage a quand même le mérite de montrer la différence entre le terrorisme et les actes de résistance sous des régimes oppresseurs : « Aujourd'hui, l'ambition des islamistes est de couper la planète en deux, de terroriser la première moitié et de faire vivre la deuxième sous des lois barbares. Ce n'est plus une lutte pour quelque chose, c'est une lutte contre l'existence même d'autrui. »

De Benoît Séverac, j'ai préféré Silence.

agenda 26 mars 2016 - merci à Babelio et aux éditions Syros.

- challenge rentrée littéraire janvier 2016 avec Laure (MicMélo) -
challenge RL 01