moi delphine

Pocket Jeunesse, 8 janvier 2004, 144 p.

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Delphine vient de déménager, de la région parisienne vers le Nord. Séparée de ses parents depuis plusieurs années, elle bénéficie désormais d'un placement en Village d'enfants, après avoir vécu en foyer. Cette fois encore, on ne leur a pas demandé leur avis, l'ASE (Aide Sociale à l'Enfance) a décidé pour eux, estimant qu'ils y seraient "mille fois mieux". 
Avec sa soeur et son frère, ils sont accueillis chez une "mère" qui héberge déjà deux autres enfants. C'est un métier pour cette femme qui a droit à huit jours de congés toutes les six semaines. Mais elle le fait bien, même si ça ne suffit pas pour une jeune fille de treize ans... Delphine rencontre parfois sa vraie mère en terrain neutre. Un éducateur passe voir si tout va bien. Non, tout ne va pas bien, et Delphine confie son amertume et sa souffrance en écrivant à une de ses anciennes camarades de collège. Tant pis si celle-ci ne lui répond pas, ou tarde à le faire : s'épancher ainsi soulage Delphine. Et les rares lettres qu'elle reçoit en retour parviennent à lui remettre un peu de baume au coeur.

Encore une fois, Brigitte Peskine s'attaque brillamment à un sujet grave : les parents "défaillants" (alcooliques, violents, irresponsables...), les enfants traumatisés, souvent en marge dans les établissements scolaires, ballottés de foyers en familles d'accueil... Si Delphine rejette son père en bloc, elle nourrit des sentiments ambivalents à l'égard de sa mère, gardant l'espoir que tout puisse redevenir comme avant, tous ensemble, même si elle s'en défend. Elle se sent également responsable de sa jeune soeur, qui voit en elle une seconde maman. C'est beaucoup pour ses frêles épaules, alors elle attend ses dix-huit ans pour laisser tout cela derrière elle.

En conclusion, j'emprunte les mots de Maryse Vaillant, psychologue chargée de mission à la Protection judiciaire de la Jeunesse, auteur de la préface de ce formidable ouvrage : « On voit [ici] grandir une fillette meurtrie, on la voit se blinder puis s'ouvrir, oser la souffrance, cultiver son petit jardin, donner sa confiance, mûrir. Un trajet bouleversant et juste. Réconfortant d'humanité. »

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