la joue bleueEditions Talents Hauts, 27 janvier 2011, 36 p.

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Homo sacrin sacrin est fort, il chasse, il explore les plaines et les montagnes. Il décide de 'prendre' une femme - s'installer avec une seule, si vous préférez.
Il a déjà établi son programme : elle fera briller les murs de la grotte, grattera les peaux de mammouth, videra le poisson.
Elle aimerait bien l'accompagner dehors, mais il estime qu'elle a de trop petites jambes, de trop petits poumons, une trop petite tête. C'est comme ça depuis des générations, nulle raison que ça change.
Quand Sacrin rentre le soir, il est fatigué, il a faim, froid. Tout doit être prêt à sa convenance, sinon il se met en colère, il cogne.
La femme lui trouve des excuses : « Il est fatigué, ce n'est pas sa faute. C'est moi qui l'ai énervé avec mes rêves et mes bavardages. D'ailleurs le voilà qui vient ; il a l'air malheureux. »
Lui aussi s'en trouve : « C'est elle qui m'agace. Elle me pousse à la taper. »

Ce roman jeunesse décrit très bien le cycle de la maltraitance : colère, violence physique, étonnement, souffrance et sentiment de culpabilité de la victime, repentir du bourreau, promesse, pardon... jusqu'à une prochaine fois.
Cette histoire a beau être située dans une préhistoire fantaisiste, elle est particulièrement réaliste, donc perturbante. Je m'interroge sur l'intérêt d'une telle lecture pour les huit-dix ans : apprendre à ceux qui ont la chance de vivre dans un climat serein que la violence familiale existe ? montrer à ceux qui subissent une telle ambiance délétère qu'on peut réagir ?

Intéressant : le roman montre bien le déni des autres, leur passivité, lorsque l'homme accusé de violence est perçu à l'extérieur comme un homme 'bien', ou au contraire parce qu'il effraie. C'est également une bonne idée de montrer que le lien ne doit pas être rompu entre le père et son enfant, en dépit de problèmes conjugaux - sous surveillance.

agenda 8 août - emprunt mdtk