le mambo des deux ours

JRLThe Two-Bear Mambo, 1995
traduit de l'américain par Bernard Blanc
Gallimard, 2000
Folio, juin 2015, 373 p.

♥♥♥♥

Leonard est amoureux ! L'ami Hap se sent un peu exclu, d'autant que l'homosexualité de son pote le laisse encore mal à l'aise. Non pas qu'il ait des principes à la con, mais on l'a éduqué comme ça : « [...] toute ma vie durant, on m'a répété que les homos étaient des pervers. Aujourd'hui, je sais qu'il y autant de pervers que de mecs normaux chez les homos et les hétéros, mais j'ai toujours un peu de recul quand je pense qu'on a le même équipement, mais que toi, tu t'en sers avec ton copain... ».

Alors, est-ce qu'un Leonard amoureux est enfin zen ? Pas du tout ! Avec son petit copain Raul, ils n'ont pas les mêmes goûts et se chicanent pas mal. Enervé par une énième dispute, Leonard met le feu chez ses voisins - les salopards revendeurs de crack - et se fait arrêter avec Hap. Interpellation à la bonne franquette puisque les flics sont des amis. Echange de bons procédés : le chef de la Police ferme les yeux, à condition qu'ils enquêtent sur la disparition d'une jolie Black partie se fourrer dans la gueule du loup, dans un atroce patelin texan où le Ku Klux Klan fait encore la loi.

Ce troisième épisode de la série Collins & Pine est celui qui m'a le plus amusée. Ça délire à tout-va dans les dialogues, les situations (ombres chinoises, visite du mobile-home...), les descriptions, les surnoms. J'ai souri/ri au moins une fois par page, vantant le génie de cet auteur à qui voulait m'entendre - à ceux qui me l'ont fait connaître (merci !), à d'autres convertis, à des lecteurs qui hésitent à se lancer ou qui n'ont pas encore entendu parler de cette série de Joe R. Lansdale...

Mon enthousiasme est retombé au chapitre 17 (p. 189/372), où l'intrigue prend des allures de film d'action US - bastons violentes, courses poursuites en voiture - et ça n'arrête plus. Quel dommage ! D'autant que plus rien n'est crédible puisque les coups échangés pourraient tuer un grizzly, or on sait que nos deux copains vont s'en tirer vivants (il y a encore au moins cinq épisodes après celui-là).

Je poursuis malgré tout la série. Si leurs aventures cou!llues me fatiguent, j'aime quand même trop Leonard, Hap et leurs discussions pour les abandonner là.

agenda 7 au 10 août

💀 challenge polars & thrillers 2016-2017 chez Sharon - 6e 💀

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EXTRAITS

  - Il est juste inquiet, expliquai-je au flic. Vous voyez c’est sa sœur.
- Ah oui ? fit Cantuck. Eh bien, je vais vous dire un truc. Ça pourrait être sa foutu sœur siamoise qui se serait tirée avec sa couille gauche dans sa poche, j’en aurais rien à branler. Aucun nègre ne fera le mariole avec moi. Eh bordel, qu’est-ce que vous avez à traîner par ici avec un bamboula ? On n’est pas branché sur ce genre de conneries dans le coin. J’ai des amis nègres, mais j’les fréquente pas.

■  - C'était un boulot à la con, de toute façon, intervint Oeil Crado. On turbine là-dedans depuis plus de dix ans et on n'a jamais eu un cent d'augmentation. Ce Visage Pâle était si radin que lorsqu'il clignait des yeux, son trou du cul lui rentrait dans les fesses...

■  Elle jurait vraiment comme une charretière. On l'entendait même avec les vitres remontées. Elle avait un certain talent à glisser la formule « espèce-de-foutu-suceur-de-cul-à-la-bite-pâle » dans toutes ses phrases sans que ça ait l'air forcé ou répétitif.

■  Charlie avait éteint la lumière du plafond et allumé celle du bureau ; il dessinait des formes sur le mur avec ses doigts. Il réussit un chien et un canard plutôt balaises, mais ensuite tout le reste ressembla à des araignées.
- Et ça ? demanda-t-il. Comment c'est ?
- Encore une araignée, dis-je.
- J'ai besoin de pratiquer davantage, fit Charlie. Je me suis payé un livre. Ma femme prétendait qu'il me fallait un hobby, alors j'ai trouvé ce truc. Ça me relaxe, mais madame estime que c'est pas suffisant. Elle veut que j'aille à la gym et que je m'entraîne, mais grâce à ça, j'peux rester à la maison, le cul posé dans le fauteuil. Je coupe les lumières, et j'fais mes ombres avec la lampe de la table basse. Quand j'en ai marre, je regarde la télé un moment. Eh, vous avez vu, celle-là ressemble à une chatte, non ?
- Merde, comment t'arrives à reconnaître un chat, ici ? demandai-je.
- UNE CHATTE ! Tu sais bien, un vagin. Un truc de gonzesse.
- Ah, oui, dis-je. Je crois que je me souviens vaguement de ces choses-là.
- Bon ça, vous voyez ça ? Ça y ressemble, n'est-ce pas ? Une sorte de V noir, hein ?
- Pour moi, c'est juste une araignée qui a rentré ses pattes, fit Leonard. Et ne me dis pas qu'il y a un chapitre sur les ombres chinoises de vagins dans ton bouquin !

■  - Les gosses ont donné un bain au chien, reprit-elle, et écoutez-moi ça : ensuite, ils ont mis ce satané rat dans le four pour le sécher. Ils ont allumé le four et ils l'ont enfermé dedans ! L'animal a été essoré, ah, ça oui ! Cette petite merde a pris feu, a commencé à aboyer - à pleurer littéralement. Quand un chien souffre beaucoup, il peut pleurer. J'l'ai entendu gueuler de ma caravane. Ils l'ont sorti de là-dedans juste avant qu'il se transforme en ragoût. Il s'est mis à galoper dans tous les sens. A foutu le feu à leurs bibles et à leurs tracts, puis au mur. Ces chrétiens, j'les ai virés en leur bottant leurs saintes fesses. Ils ont trimballé ce qui restait de ce clebs dans un seau fumant. C'est un peu triste, même si ce n'était qu'un chihuahua... On ne voyait que sa vieille queue noirice qui sortait du seau, comme la mèche d'une bougie éteinte.