l'amie prodigieuse

L'Amica geniale, 2011
traduit de l'italien par Elsa Damien
Gallimard, 2014

Folio, janvier 2016, 448 p.

♥♥♥♥

Nées en 1944, Elena et Lila vivent à Naples, dans un quartier populaire. Elles deviennent amies à huit ans, après s'être longtemps côtoyées sans se parler. Aux yeux des autres, Lila est une sale gamine, dure, impitoyable. Elle est « détestée à l'école et dans le quartier », tandis qu'Elena apparaît comme la gentille fille docile du duo.

italieDans le premier volet de cette série qui doit en compter quatre, nous découvrons la jeunesse de Lila et d'Elena.
L'auteur évoque subtilement les sentiments ambivalents qui caractérisent l'amitié féminine dès l'enfance : admiration, haine, rivalité, amour, jalousie, identification, compétition, tendresse... Elle décrit également très bien les amours adolescentes - vécues ici comme des 'brouillons', des manières de se rassurer, d'imiter, de passer d'un univers à un autre.
Elena Ferrante est tout aussi douée pour la peinture sociale : elle dresse ici le portrait d'un quartier italien modeste de commerçants et artisans dans les années 50. Certaines rancoeurs y sont entretenues depuis des générations, avivées par les positions des uns et des autres pendant la seconde Guerre mondiale. Rudesse et violence règnent (machisme familial mais aussi bagarres entre hommes, entre enfants et même entre femmes, au moindre désaccord/affront) - une violence qui m'a surprise, par rapport à ce qu'ont pu connaître mes parents à la même période en France, en vivant dans un milieu social équivalent.
Le thème de l'ascension sociale est au coeur de l'ouvrage : devenir riche via le commerce à la faveur des Trente Glorieuses ? Ou "réussir" grâce aux études ? Ces études suscitent à la fois admiration, méfiance et mépris de la part de ceux qui n'y ont pas eu accès. Elles mettent mal à l'aise les enfants des classes populaires qui ont la chance de pouvoir en suivre, comme l'exprime dans toute son oeuvre l'auteur française Annie Ernaux (contemporaine de Elena Ferrante), partagée entre deux univers trop différents, qu'elle semble n'avoir jamais réussi à concilier...

Un premier opus captivant et prometteur, avec une fin flamboyante qui m'a fait penser au Bel-Ami de Maupassant. Il me tarde de découvrir le second volet de la série : Le nouveau nom.

Je pensais insérer la couverture de l'édition originale. En la découvrant, je la trouve trop kitsch, et en plus elle spoile ! 😒

agenda 1er au 3 septembre

■ Quelques mots sur l'auteur, suite à échange avec Edyta (merci !) : Elena Ferrante n’existe pas mais c’est un écrivain. Un bon écrivain même, si l’on en croit la presse italienne et le magazine américain The New Yorker qui a consacré un article élogieux à l’auteur(e) de la saga « L’Amica geniale » (l’amie géniale, e/o, 2011) dont le quatrième volume, mettant en scène la longue amitié entre Lila Cerullo et Elena Greco, vient de sortir chez le petit éditeur romain e/o. Depuis la sortie de son premier livre, en 1992, le monde des lettres transalpin s’interroge sur la personnalité de cet(te) écrivain(e) à succès qui a choisi délibérément, à la manière de Salinger, de ne jamais apparaître médiatiquement et ne livre des entretiens que par écrit. Tout juste sait-on qu’il (ou elle) serait né(e) dans la région de Naples et aurait choisi de vivre en Grèce. [...] (source : Le Monde).

- challenge Voisines-Voisins 2016 chez Aproposdelivres -

challenge VV 2016