repose-toi

joncourFlammarion, 17 août 2016, 432 p.

♥♥♥♥

Ludovic : quarante-six ans, veuf depuis trois ans, sans enfant, agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes, mal à l'aise dans ce boulot et à Paris.
Aurore : styliste, citadine friquée, la quarantaine, mariée depuis huit ans à un homme d'affaires américain, mère de jumeaux de six ans.
Lui : un doux géant effrayant, mi-nounours mi-grizzly, un roc, une puissance minérale.
Elle : élégante, gracieuse, désemparée, fatiguée par sa vie de famille, angoissée par l'avenir de sa petite entreprise.

Le livre pourrait s'appeler 'Les oiseaux' ou 'Fenêtre sur cour', comme ces deux films d'Hitchcock : c'est grâce à sa phobie des corbeaux qu'Aurore fait connaissance avec Ludovic, et c'est parce que leurs fenêtres sont en vis-à-vis qu'ils vont maintenir le lien. Ça serait plus sobre, plus mystérieux et surtout moins cucul que Repose-toi sur moi. Mais ce titre s'explique joliment, à la fin.

Dans L'écrivain national, je voyais l'auteur dans le personnage principal. Ici aussi, bien que ces deux histoires soient très différentes. Le ton est plus grave dans ce dernier roman, moins mordant. Ludovic et Aurore vivent chacun une période difficile. Ils sont arrivés à un point de rupture, ils s'entraident... ou s'entraînent mutuellement vers le fond ?

Bien qu'il reprenne des thématiques déja évoquées dans ses autres textes (ville/campagne, solitude, crise existentielle), Serge Joncour a une capacité à se renouveler qui me laisse admirative. Il nous offre ici une belle histoire ** d'amour clandestin, un chouïa trop rose par moments, ** qui prend des allures de thriller. Ce roman m'a fait penser à Maupassant, Zola (un titre en particulier), Zweig, et Boileau-Narcejac, mais aussi à Delphine de Vigan pour la sensibilité 'féminine' de certains propos et certaines descriptions (cf. la soupe).

L'intrigue est peut-être un peu trop diluée, mais l'intérêt grandit à mesure que la tension monte. Le dénouement m'a agréablement surprise, grâce à la façon dont les choses sont exprimées, par les gestes et les mots... Comme 'son' Ludovic, Serge Joncour fait preuve d'une grande subtilité sous ses airs d'ours maladroit - et ça aussi, j'admire et j'aime, au point de me jeter sur chacune de ses nouvelles parutions.

agenda 3 au 5 septembre

Un grand merci, Laurence ! 🎁

• rentrée littéraire 2016 •