les contesBelfond, 25 août 2016, 224 p.

lalo

Imaginez une colo dirigée par l'odieuse Folcoche d'Hervé Bazin (Vipère au poing). Tenue comme un centre de redressement, trompeusement appelée 'Home', présentée sur les brochures avec croissants et jus d'orange au petit-déjeuner, le truc qu'on imagine douillet et familial, d'après les photos. Les parents y envoient leurs enfants à chaque période de vacances scolaires, année après année, dès leur plus jeune âge, persuadés que ces séjours leur seront bénéfiques. De fait, ils reviennent tout bronzés, leurs cartes postales sont enthousiastes, et puisque ce camp est très coûteux, il est forcément de qualité...

Quand Hubert-Félix Thiéfaine chante 'petite poupée brisée entre les mains salaces / de l'ordure ordinaire putride et dégueulasse' ('Demain les Kids', 1990), je ne sais pas s'il évoque les enfants victimes de la guerre ou ceux livrés à la perversion des pédophiles. Toujours est-il que j'ai souvent cette phrase en tête ces temps-ci, notamment parce que je viens de lire ce roman, où il est question de maltraitance psychologique et de sévices sexuels.

Ce récit est à la fois pudique et accablant pour tous les adultes mis en cause. Il m'a émue, révoltée, même si le côté 'auteur en pleine psychanalyse' est pesant dans la narration :
- cette façon de se regarder le nombril, bien sûr
- l'exagération, sans doute, mais les psys vous rétorqueront que l'important, ce ne sont pas les faits eux-mêmes, mais la manière dont on les a perçus
- cette masturbation intellectuelle (jouer avec les mots, les tordre dans tous les sens, voir du 'sens' partout)
- cet art pour esquiver les responsabilités (les échecs de sa vie d'adulte, en l'occurrence), se dépêtrer de son mal-être en rejetant la faute sur les autres, et particulièrement sur la mère, qui n'a pas su faire barrage contre les dangers de la vie, voire qui les a provoqués.
Ce style est une des richesses du livre, mais l'alourdit aussi par moments - l'introduction est particulièrement indigeste et j'ai failli abandonner dès les premières pages.

De quoi revoir son jugement sur les jolies colonies de vacances, réfléchir avant d'y (r)envoyer ses enfants - ce qu'on a pu faire l'esprit d'autant plus tranquille que le séjour semblait luxueux et la destination exotique.
Une bonne sensibilisation aux dégâts de la maltraitance psychologique et de la pédophilie. Il faut savoir que le traumatisme est d'autant plus difficile à surmonter pour la petite victime lorsque ses parents ne veulent pas le croire, ils deviennent alors complices, aussi coupables à ses yeux que les pervers...

agenda 3 au 6 octobre - merci aux éditions Belfond !

• rentrée littéraire 2016 •