sothikEcole des Loisirs, 14 septembre 2016, 96 p.

cambodgeQuatre ans de la vie d'un petit garçon cambodgien dans les années 70, sous la dictature des Khmers rouges.
On retrouve les différentes formes d'oppression évoquées par Rithy Panh dans L'Elimination et dans son film d'animation 'L'image manquante' : intellectuels (ou supposés tels) déchus de leurs fonctions et traqués, familles chassées de leurs habitations et divisées, toute propriété bannie (y compris montres, vêtements, lunettes), travail des enfants, famine organisée, insalubrité...

Ce court témoignage est à la fois sobre et poignant, finement illustré par Tian, également auteur d'une série BD pour adultes sur cette période noire de l'histoire cambodgienne (L'année du Lièvre).
Parfait pour sensibiliser les adolescents aux inepties et aux ravages meurtriers des dictatures en général, et des révolutions 'rouges' de l'après-guerre en Asie en particulier (qui ont bien poussé sur le terreau fertile du bazar induit par les colonisations occidentales)...

agenda 19 & 20 oct. - merci à Babelio et à L'Ecole des Loisirs.

 ►  EXTRAITS :

•  [...] chez nous [avant la révolution khmère], l'injustice est la règle : la plupart des riches sont très riches, et la plupart des pauvres, très pauvres. Et aucun espoir que les choses changent. Les enfants de familles pauvres ne reçoivent pas d'instruction valable et personne n'aide leurs parents. Alors, quand les Khmers rouges promettent qu'ils vont en finir avec l'injustice et créer une société de l'égalité parfaite, sans argent ni propriété, où plus rien ne distinguera les citoyens entre eux, où tout le monde aura le même vêtement et la même coupe de cheveux, ils sont d'accord. Quelqu'un qui ne possède rien n'a rien à perdre.
(p. 20)

Je vis avec les Khmers rouges depuis que j'ai trois ans. Je me suis habitué à leur présence. Ils nous ont fait la leçon. J'ai adopté leur manière de penser. Je suis persuadé que tout le monde doit vivre à la campagne, comme nous, et se faire paysan, comme l'ont fait mes parents. Il est très facile d'endoctriner un enfant.
(p. 33)

•  Les villes sont désertes. Les frontières sont fermées. Personne n'entre, personne ne sort. Le Cambodge est devenu un immense camp de prisonniers. Au village, plus personne n'a le droit d'habiter chez lui. Nous sommes chassés de notre maison, transformée en dispensaire pour recevoir les malades. Nous partons nous installer avec deux autres familles à cinquante mètres de là. [...] nous devons nous serrer à plusieurs familles dans des maisons étrangères. Les gens n'ont plus le droit d'avoir de maison ni de terre qui leur appartiennent. Très vite, ils n'ont plus le droit de rien posséder du tout, ni meuble, ni vêtement personnel, ni livre, ni montre, ni objet. Plus de propriété, plus d'injustice. Ça paraît logique. Une logique de fin du monde.
(p. 38)

•  rentrée littéraire 2016  •