les échouésSeuil, Don Quichotte, 2015
Points, 19 janvier 2017, 287 p.
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Parcours poignants de quatre migrants au tout début des années 90 : Virgil le Moldave orthodoxe, Chanchal le Bangladais hindou, Assan le Somalien ex-musulman, et sa fille Iman.
Ils sont arrivés en France, enfin ! A Paris !
Dire qu'ils sont sains et saufs serait exagéré, la survie reste une lutte de chaque instant, et ils en ont bavé pour en arriver là. Ils ont fui des conditions difficiles, ont laissé des morts derrière eux, ont été exposés à de nombreux risques au cours du trajet. Ça laisse des traces.
Et c'est pas fini ! Clandestins, ils doivent se cacher dans les bois, comme des bêtes, ou dans des squats, avec d'autres sans-papiers, et trouver des petits boulots. La menace d'être renvoyé à la case départ est réelle.

J'ai longtemps eu l'impression de lire un roman post-apocalyptique où ces exilés sont les rares survivants de l'espèce humaine, où les prédateurs sont aussi bien les 'blancs français de souche' cramponnés à leur confort, que d'autres immigrés plus anciens qui ont appris à bouffer les nouveaux pour ne pas se faire écraser.
Ce sentiment teinté de honte s'estompe un peu lorsque quelques mains se tendent. Le récit reste néanmoins triste à hurler du début à la fin. Et le plus révoltant est de savoir que la situation n'a fait que s'aggraver depuis vingt-cinq ans : davantage de guerres à fuir, montée de l'islamisme... tandis que parallèlement, l'hostilité de l'Occident, "terre d'accueil", se renforce, au moins dans des discours de politiciens français qui présentent l'équation simpliste (et erronée) du 'nettoyage' à faire pour redonner du boulot aux 2,8 millions de chômeurs...

■  A méditer :

  Quelques messages/slogans de la Cimade (Comité inter mouvements auprès des évacués) :
- Il n'y a pas d'étrangers sur cette terre.
- La liberté n'a pas de frontières.
- Réinventons l'hospitalité.
  Cette phrase de Maxime Leforestier : 'Etre né quelque part, pour celui qui est né, c'est toujours un hasard'. ♪♫ [alors vraiment, y a pas de quoi se glorifier d'être 'français de souche', et aucune légitimité à se barricader]
  Ces paroles de JL Aubert (Les plages) : 'Sur toutes les plages du monde, sur toutes les plages y a des mômes, qui font signes aux bateaux (...) Et si pour toi, là bas c'est l'paradis, dis-toi qu'dans leur p'tite tête l'paradis, c'est ici ...' ♪♫
  Et puis celles-ci de Soan, qui nous remettent à nos petites places, yo mon frère, yo ma soeur : 'Quelles que soient tes racines, tu proviens d'une graine...' ♪♫ (et deux graines, même...)

Voir le film Welcome (Philippe Lioret), lire Eux, c'est nous (collectif), et ce petit guide Lutter contre les préjugés sur les migrants.  

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