stradaEcole des Loisirs, Neuf, 11 janvier 2017, 210 p.

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Quand le bloc de l'Est s'est effondré à la fin des années 80, les populations n'ont pas pour autant trouvé le confort occidental.
En Roumanie, par exemple, la pauvreté perdure plus de vingt-cinq ans après la chute (mortelle) du couple Ceaușescu. Les salaires restent très bas, y compris pour les diplômés, et il est difficile de s'en sortir sans recourir à des boulots d'appoint.
Certains adultes partent travailler à l'étranger et confient leurs enfants à des proches ; on les appelle 'les cueilleurs de fraises', parce que la plupart sont employés comme salariés agricoles en France, en Espagne...

Auteur d'origine roumaine, Fanny Chartres nous raconte la vie d'une famille de Bucarest dans les années 2010. Ilinca onze ans, et sa petite soeur de sept ans sont restées dans leur pays avec leurs grands-parents pour poursuivre leurs scolarité, tandis que le couple parental s'est installé provisoirement en Normandie. Ilinca vit très mal cette séparation et les échanges familiaux par Skype sont parfois tumultueux.

J'ai trouvé plein de choses intéressantes dans ce roman destiné aux 9-12 ans : la vie toujours précaire dans les pays 'de l'Est' ; le racisme féroce des Roumains ('de souche' ?) à l'égard des Roms, considérés comme la lie de la société et accusés de tous les maux (vols, magouilles...) ; l'exil et le racisme - ici, comble de l'ironie, les Roumains sont pris pour des Roms - ; les pieux mensonges des expatriés pour rassurer leur famille...

Autre sujet plus universel : l'ingratitude adolescente. Ilinca est particulièrement tête à claques lorsqu'elle reproche à ses parents de les avoir abandonnées là, elle et sa soeur, ce qui est loin d'être le cas. Ses comportements sont excessifs pour une pré-ado de onze ans. C'est un peu plus tard qu'on pique des crises et qu'on balance des vacheries cruelles pour tout et n'importe quoi, avec une totale mauvaise foi : parents trop présents, collants, trop flics, ou a contrario trop absents (c'est louche, ils ne nous aiment pas, etc.)... De même, le copain Florin semble plus âgé que ses onze ans (lui, ce sont sa maturité et sa sagesse qui surprennent, par contre).

agenda 14 au 16 mars - emprunt mdtk