Casterman, Sociorama, 31 août 2016, 166 p.

♥♥

Batax est une enseigne fictive qui ressemble à s'y méprendre à quelques autres réelles de la grande distribution. Elles ont émergé dans les années 60, prospéré pendant quelques décennies et évoluent aujourd'hui pour faire face à la concurrence de l'e-commerce. Ces structures sont passées d'un encadrement paternaliste à un management dicté par le profit et la main-mise des actionnaires financiers.

Cet album illustré par Anne Simon est inspiré du travail de la sociologue Marlène Benquet qui a mené pendant trois ans une enquête dans une des principales entreprises françaises de grande distribution (cf. son essai Encaisser !).

On découvre dans cette BD le quotidien des salariés, celui des caissières en particulier : peu d'heures, petits salaires, pauses réduites, accès aux toilettes limités, trous dans l'emploi du temps qui supposent de ne pas habiter trop loin, et de ne pas avoir d'enfants en bas âge.
Comme dans les années 80, on essaie encore d'inculquer 'l'esprit d'entreprise' aux nouveaux arrivants, mais la crise économique et la précarisation de l'emploi rendent le discours moins crédible.
Les cadres sont tout aussi malmenés, mais ceux qui bossent « en bas », en rayon ou en caisse, ne s'en rendent pas forcément compte - on voit ici l'exemple du DRH qui est en train de tout perdre par angoisse de l'avenir (son couple, le sommeil...).

En parallèle, les auteurs montrent comment sont traités les employés de commerce par la clientèle, bien sûr (là, ON peut faire des efforts, à défaut de boycotter ces enseignes), mais aussi les sempiternelles mesquineries et guerres ouvertes entre syndicats, pour recruter des membres - untel roule pour la Direction, attention, tel autre ne fera pas grand chose pour toi, etc.

On voit aussi un bel exemple de solidarité quand les employés s'unissent dans l'adversité. Et même si les conséquences ne sont pas immédiates, pas palpables, même si elles n'adviendront peut-être jamais, qu'importe : les manifestantes ont reconquis une confiance en soi, et ça, c'est énorme dans le monde impitoyable du travail ; elles ont pris le pouvoir de façon momentanée, mais c'est déjà ça... :
« - C'était génial, ces deux semaines. J'avais jamais fait quelque chose d'interdit ni défendu mes droits. Sans rire, ça m'a ouvert les yeux. C'est une expérience formidable. Mais quand tu fais le bilan, ben, c'est naze.
- Dis pas ça... On n'a peut-être rien obtenu mais moi, je me sens mieux. Je ne me vois plus comme une petite caissière. Je me fais respecter. Nos relations avec la direction vont changer. L'ambiance de travail va s'améliorer, crois-moi. [...] On partait avec de sacrés handicaps : femmes, précaires, et pourtant : grévistes ! A plusieurs, on a eu une force énorme ! »

Je continue à découvrir cette collection Sociorama qui « signe la rencontre entre bande dessinée et sociologie » avec : Chantier interdit au public, puis La banlieue de 20 heures.

A paraître : Les nouvelles de la Jungle (de Calais) - Plus belle la série - Sous la blouse...

agenda 29 & 30 mars