crocs

Manufacture de Livres, 5 juin 2015, 190 p.

dew

lu par Mr

♥♥♥♥

« Il flotte tout autour un parfum électrique. Sous mes pieds, la lande noire. Des millions d'années étalées là, arrachées à de lointaines entrailles, exhibées en une seule traînée obscène. Je m'accroupis en balancier sur les talons. Les doigts usés jouent dans les gravillons. Des ongles noircis s'agitent. De petits dieux crasseux, de perle et de corne, qui aligneraient des comètes de basalte. Dans mon dos, le vent palpite. Une bourrasque, puis une autres, et l'air se dilue comme une chose visqueuse faite d'huile et de nerfs. Mes tripes se contractent encore. Ça sort sur l'asphalte en clapotis, chaud et mou et puant. Ça restera là, dans l'odeur des passages, et ils ne pourront pas s'en servir pour me suivre. » 

Lorsque j'ai entendu ce premier paragraphe de Crocs lu à l'occasion d'une interview de l'auteur à Mauves en Noir 2017 (salon du polar à Mauves-sur-Loire), j'ai pensé que débuter un roman de la sorte nécessitait de l'audace...

Un homme en fuite décrit son parcours, son quotidien, et sa quête. de temps à autre il se remémore son passé. de fait, l'issue de son voyage s'explique par ce qu'il a vécu. Sa pensée est parfois difficile à suivre, à l'image de l'écriture riche et imagée de Patrick K. Dewdney. J'admire le travail mais j'ai trouvé le résultat souvent trop alambiqué pour apprécier pleinement cette lecture. le langage et certaines thématiques de ce roman noir m'ont fait penser à l'excellent Plateau de Franck Bouysse, mais avec une écriture cependant encore plus ampoulée (un dictionnaire à portée de mains n'est pas superflu, à moins que vous ne connaissiez déjà le sens de : « jéhenne », « céruléen », « hure », « glyphes », « ichor », « aiguail », et « séléniques »…). J'ai aimé l'histoire et le dénouement, et n'ai pas regretté ces efforts de lecture.

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 •  Merci aux MaGi !