la salle de bal

annahopeThe Ballroom, 2016
traduit de l'anglais par Élodie Leplat
Gallimard, 'Du monde entier', 17 août 2017‎, 400 p.

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Musique et danse comme thérapie dans un hôpital psychiatrique anglais…

Cette idée est mise en place par John Fuller, pas tout à fait médecin, mais considéré comme tel par son supérieur : à la tête d'un orchestre, il convie quelques patients de l'établissement à un bal, chaque vendredi, pour les divertir, et partant, les apaiser. 
Parallèlement, cet homme est fasciné par les courants eugénistes en vogue en ce début de XXe siècle. Farouchement opposé à la stérilisation, il ne retient que les propositions les plus modérées, soucieux de guérir et de « fortifier » les 'malades', voire d'intervenir en amont par de la prévention.

the ballroomCe roman présente l'eugénisme de manière intéressante, en le resituant dans le contexte d'alors :
- continuité de la théorie de l'évolution de Darwin (perspective d'un homme meilleur)
- à une époque où la pauvreté sévit en Angleterre*, et où les scientifiques, autres intellectuels, et politiques se posent la question de ‘l'assistanat'
- et surtout : avant les expériences pratiquées par les nazis qui ont donné un sens terrible et réducteur à ce terme – alors que l'avortement thérapeutique en est une des applications actuelles…

Anna Hope témoigne ici des internements abusifs et des conditions de vie dans les 'asiles d'aliénés' du début du XXe siècle. Elle étoffe son intrigue d'une histoire d'amour qui allège le propos, certes, et offre des lueurs d'espoir dans cet univers gris, clos et mortifère, mais cette bluette m'a paru convenue et mal assortie au ton général. Comme si l'auteur avait dû ajouter de la guimauve pour faire de ce livre un best-seller – en vue de l'adapter au cinéma ? 
Il faut dire que j'avais en tête l'excellent roman Hôpital psychiatrique (Raymond Castells), présenté comme une tragicomédie, mais finalement beaucoup plus grave et profond sur le sort des internés pendant la seconde guerre mondiale. 
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* « [...] Dans le contexte de la révolution industrielle, qui provoque un mouvement d'urbanisation et de prolétarisation des populations les plus pauvres, la prolifération désordonnée des classes laborieuses constitue un motif d'inquiétude profond pour les élites victoriennes. Les maux sociaux et sanitaires (tuberculose, syphilis, alcoolisme…) qui se multiplient dans le Royaume-Uni apparaissent comme autant de manifestations de la contamination de l'espèce humaine par les tares congénitales véhiculées par les couches les plus pauvres de la population. [...] » (source : Eugénisme, Wikipedia) 

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