cher pays

Futuropolis, 8 octobre 2015, 224 p.

colda3

   lu par Canel

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Sac de noeuds (et de têtes de noeuds), sac à patates (fric), sac à puces (fripouilles/truands), main dans le sac (flag), mise à sac (tuerie d'Auriol), sac poubelle (ordures)...

De Gaulle, Giscard, Chirac et leurs petits 'descendants' (Sark*) : tous à mettre dans le même sac/SAC ? 
Difficile à estimer, tant les ramifications de cette organisation étaient complexes et ses activités variées. Du collage d'affiche au meurtre commandité, via des intimidations musclées et des braquages destinés à financer la campagne d'un certain parti politique.

Reprenons : Wikipedia définit sobrement le SAC (Service d'Action Civique) comme « une association au service du général De Gaulle puis de ses successeurs gaullistes, souvent qualifiée de police parallèle ».
Ou de milice, n'ayons pas peur des mots.
Créée en 1960, elle a été officiellement dissoute par Mitterrand en 1981 - ou renommée ?

Benoît Collombat, journaliste d'investigation pour France Inter, et Etienne Davodeau, auteur de BD documentaires, ont patiemment mené l'enquête pour éclaircir quelques affaires liées au SAC. Ils ont rencontré de nombreux acteurs politiques et juridiques de l'époque, des proches du juge Renaud (assassiné en 1975), du ministre Robert Boulin ('suicidé' en 1979), de Jacques Massié (victime de la tuerie d'Auriol en 1981), et des témoins. L'investigation est fouillée, donc le résultat fourni, on peut s'y perdre un peu parfois, mais le résultat est passionnant, et évidemment édifiant.

On ne peut que se demander comment ça se passe aujourd'hui, si les politiciens ont moins de sang sur les mains (enfin pas eux directement, bien sûr, mais leurs 'petites mains' à gros bras), parce que l'argent leur serait fourni directement par des copains haut placés ?

Cette lecture donne envie de (re)voir 'Le juge Fayard', le film d'Yves Boisset (1977), directement inspiré de l'affaire Renaud, avec Patrick Dewaere et Philippe Léotard.

agenda2

13 > 22 janv. - merci, Collègue ! 😉

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   et Mr

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Le titre est un clin d'oeil ironique à une excellente chanson du groupe 'Carte de séjour'*. Ou plutôt à sa version originale, nettement moins punchy, interprétée par Charles Trénet. 
De fait, cette France-là, malgré une sorte de « mythologie » populaire qui entoure certains de ses dirigeants (De Gaulle, puis Chirac), n'est pas si 'douce' que le dit la chanson, en tout cas pour ceux qui s'opposent alors au pouvoir en place… Dans ces années de guerre froide et de décolonisation, le pouvoir gaulliste s'est doté d'une police officieuse qui accomplit le sale travail ne pouvant être confié à des fonctionnaires (même si ceux-ci sont aussi mis à contribution en cas de bavures à cacher…). 
Le Service d'Action Civique (SAC) fut d'abord un instrument de lutte contre le Front de Libération Nationale en Algérie, puis contre les excès de l'Organisation Armée Secrète, et servit le camp gaulliste en métropole contre ceux qui pouvaient être considéré - à tort ou à raison - comme des vecteurs de la propagande soviétique, notamment les syndicalistes trop engagés…

Les plaintes classées sans suite, et les enquêtes entravées jalonnent cet ouvrage, démontrant une forte collusion entre les institutions étatiques et la milice, qui rassemble notamment des nostalgiques de l'Algérie française et de simples truands. En juillet 1975, le juge Renaud est assassiné par balle. Il enquêtait alors sur le hold-up de Strasbourg et soupçonnait un financement du parti gaulliste avec le butin de ce casse. En octobre 1979, Robert Boulin, alors Ministre du travail, est retrouvé mort. Tout montre qu'il a été enlevé, tabassé, assassiné, puis placé dans une position insolite dans un étang. Quelques semaines plus tôt, Robert Boulin avait été accusé de malversations (cela me rappelle une des aventures d'un certain Pierre Bérégovoy), contre lesquelles il entendait se défendre en révélant l'origine de ces accusations. Robert Boulin n'en eut pas le temps, puisque officiellement il se suicida dans quelques centimètres d'eau (ce qu'une autopsie inhabituellement bâclée ne permettra pas de démentir suffisamment rapidement). En juillet 1981, une famille est massacrée (l'enfant tué à coup de tisonnier), dans le cadre de dissensions internes au SAC. François Mitterrand, élu à la présidence depuis deux mois peut enfin dissoudre l'organisation.

Le propos est très instructif et particulièrement bien documenté. Bien qu'a priori peu intéressé par le sujet, j'ai beaucoup apprécié cet ouvrage. Encore assez jeune pour avoir traversé cette époque dans l'enfance, j'ai trouvé son propos très instructif. Le graphisme agréable d'Etienne Davodeau, ici en noir et blanc, côtoie un texte dense et de qualité.