a demain

 

cunhal

traduit du portugais par Elodie Dupau
Le Temps des Cerises, 13 octobre 2017, 544 p.

lu par Mr

♥♥♥♥

Rappel du contexte, l'action du roman se situant en 1944 au Portugal :
En 1926, le coup d'Etat militaire dirigé par le général Gomez de Oliveira da Costa (1863-1929) met fin à une 1ère République affaiblie par des années d'instabilité. Salazar (1889-1970), un civil d'abord appelé pour redresser les finances publiques, étend peu à peu son influence. En 1932, il devient Président du Conseil des Ministres. En 1933, une nouvelle Constitution institutionnalise sa prise de pouvoir, sous une fine couche de vernis démocratique. Salazar quitte la fonction de Président du Conseil des Ministres en 1968, suite à un accident vasculaire cérébral. Pour conserver le pouvoir, Salazar ferme le pays aux influences extérieures "dangereuses" (y compris le tourisme), profite de la bienveillance des autres membres de l'OTAN, et s'appuie sur la complicité de l'Eglise catholique. Outre sa référence à la religion, la devise officielle du régime « Dieu, Famille et Patrie », évoque celle d'un autre régime fasciste chez nous… 
En 1974, la 'Révolution des Oeillets' ramène la démocratie dans un pays quasiment sous-développé, dont l'empire colonial s'est étiolé.

L'intrigue (sans spoiler, bien sûr) :
Dans ce roman, l'auteur montre les « camarades » (Vaz, Antonio, Maria, Ramos, Afonso, Rosa, et d'autres) tenter d'améliorer le quotidien de la classe laborieuse portugaise, privée de liberté et de nourriture. Les discussions entre camarades sur les stratégies du Parti communiste sont alors nombreuses et vivantes. Mais lorsque le Parti décide au nom de l'intérêt commun, l'obéissance s'impose ; les intérêts individuels doivent s'effacer devant un enjeu supérieur. 
Outre les relations entre classes sociales, ce sont les rapports entre camarades qui sont présentés, ainsi que ceux entre hommes et femmes. Ces dernières peuvent aussi s'engager pour la cause commune, mais elles sont rarement au premier plan.

Mon avis :
Les thématiques et le style descriptif rappellent beaucoup l'oeuvre de Zola. Ce regard sur un pays et une époque que je connais peu m'a beaucoup intéressé, m'amenant à reprendre un manuel d'histoire ('L'histoire du Portugal', Robert Durand, Hatier). A propos d'Alvaro Cunhal, ce manuel explique : « En 1948, le Mouvement d'Unité Démocratique toléré par le gouvernement soucieux de respectabilité aux yeux des Alliés fut dissous et le parti communiste dut de nouveau affronter la répression. Son nouveau secrétaire général, Alvaro Cunhal, fut emprisonné pendant dix ans à Peniche, avant de s'évader en 1960. Mais vivant plus souvent à Prague ou à Moscou, coupé des réalités portugaises, il contribua à ancrer son parti dans un dogmatisme suranné qui l'amènera notamment à approuver l'invasion de la Tchécoslovaquie par les armées du Pacte de Varsovie en 1968. Dès lors son audience allait être limitée. Le relais était alors pris par le parti socialiste. Né officiellement en 1972, il était l'aboutissement des efforts de l'avocat Mario Soares. »
L'alignement de Cunhal sur les thèses soviétiques me choque aussi, mais le déni dans lequel vivaient de nombreux communistes européens quant à la nature du régime soviétique était alors répandu... 
Cette critique n'ôte rien à mon intérêt pour ce roman, témoignage de valeur sur les conditions de vie au Portugal au milieu des années 1940, et sur le fonctionnement clandestin d'un parti d'opposition.

• Un grand merci à Babelio et aux éditions Le temps des cerises.