un fils parfait

Grasset & Fasquelle, 2017
mmPoints, 1er février, 163 p.

♥♥♥♥

Daphné & Maxime. 
Jolis prénoms, brillantes études, carrières à l'avenant.
Couple radieux sur la photo de mariage.
Les bébés arrivent à point nommé, une ravissante petite fille, puis une seconde dix-huit mois plus tard. 
Daphné & Maxime sont bénis des dieux, décidément, tout leur sourit. 
Ils s'arrêtent à deux enfants, pour l'instant. Ça les occupe bien, et chacun mène en parallèle une vie professionnelle palpitante - madame est dans le commerce international, monsieur dans la finance. Elle a hésité à prendre ce poste qui lui fait quitter le domicile familial du lundi matin à l'aube au jeudi soir, mais il l'a rassurée : pas question de sacrifier sa carrière ! Avec une nounou sur place de 8h à 20h, et lui présent le soir, ils vont y arriver.

Dès le début, on sent que ce joli portrait de famille est une façade et que Maxime n'est pas un époux/père/fils parfait. On apprend peu à peu, via une longue lettre de Daphné à sa belle-mère, comment il a brisé le foyer. 
Il a fallu du temps à la jeune femme pour comprendre. Quand on ressent vaguement que ça cloche, on se rassure comme on peut, on met ça sur le compte du sentiment de culpabilité de la super-woman tiraillée entre boulot, mari et enfants, alors on ferme les yeux (cf. Chanson douce, Leïla Slimani).

Au vu de ses deux premiers romans, Mathieu Menegaux semble avoir une dent contre le système judiciaire, au moins celui censé s'occuper des viols et autres affaires de moeurs. Non seulement la justice ne protégerait pas les victimes, mais elle exposerait même les plaignants à un triste sort. Ayant connu quelques situations proches de celles de Claire (Je me suis tue) et de Daphné (Un fils parfait), je partage cette vision pessimiste. Au mieux on classe sans suite et à vous d'en faire votre deuil (si vous avez la chance de ne plus avoir à croiser ceux qui vous ont fait du mal), au pire ça se retourne contre vous.

Cette histoire est aussi glaçante que d'autres faits divers romancés : Chanson douce (Leïla Slimani), La maladroite (Alexandre Seurat), et rappelle le ton du dernier roman de Delphine de Vigan (Les Loyautés).

J'avais préféré le premier ouvrage de l'auteur - dérangeant mais moins choquant que celui-ci, peut-être parce qu'il s'agissait d'une histoire d'adultes. Ce qui me surprend toujours, quand même, dans ce genre d'affaires, c'est qu'il semble utile de souligner que cela arrive dans tous les milieux. Eh oui...

Petit agacement à la fin. *** Tous les pédophiles ont-ils « l'excuse » d'avoir été eux-mêmes abusés par des adultes lorsqu'ils étaient enfants ? ***

Quand, bien plombé(e), on referme le livre, on peut se détendre (ou s'énerver, c'est efficace aussi pour se changer les idées) en lisant les petits mots vendeurs de O. de L. sur la couverture : « Une claque, cette histoire est dingue. C'est formidable ! »

« Dingue » ? 😲
« Formidable » ? 😲
Vraiment ? Comme si elle parlait d'un polar sacrément bien ficelé, voire terriblement fun...
Mais ce n'est pas la première fois que je me demande si O. de L. lit (ou comprend) les ouvrages pour lesquels elle fait de la pub...

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11 fév.